--- Page 1 --- +DEVELOPPEMENT DU RAPPORT CONCERNANT LES FRERES ET PRESENTE AU CHAPITRE GENERAL DE 1950 par DOM WANDRILLE instructeur à l'Abbaye de Maredsous. INTRODUCTION 1. Remerciements. Au début de ces pages un merci chaleureux aux Révérendissimes Pères Abbés et aux membres du Chapitre de 1946 pour l'intérêt bienveillant avec lequel ils ont examiné le rapport présenté à cette occasion et surtout pour les décisions encouragéentes qu'ils y ont prises. 2. Motifs de ce nouveau rapport. Ce nouveau rapport est pourtant nécessaire. Il vaoudrait redire avec plus de force ce qui a été dit alors timidement et avec une extrême prudence. Depuis 1946, les iédes ont fait du chemin. Des conversations avec plus de cent prêtres séculiers de toute la hiérarchie ecclésiastique et avec des religieux de différents ordres, les nombreux et importants articles de Revues sur la question des Frères, parus ces derniers temps, les statistiques, les chapitres généraux de plusieurs congrégations bénédictines qui remuent la question et font des changements, Rome qui laisse chercher des solutions et refuse aux nouvelles congrégations féminines Ces pages si bien tandes à la machine à écrire sont dues à la complaisante charité du P.Ursmer Canivet. --- Page 2 --- - 2 - une double catégorie de soeurs ( le problème des soeurs converses est semblable ), tout cela montre que le problème " les frères-laîcs " n'est pas encore résolu et qu'il faut continuer à l'approfondir pour arriver à une solutions satisfaisante. Deplus, les mesures prises au Chapitre de 1946, doivent être précisées et fixées. 3. Pourquoi chercher une solution ? Parce que le recrutement et le maintien des vocations des Frères se montre très difficile et que, par contre, la multiplication de ces vocations serait un grand bien pour l'ordre monastique et pour l'Eglise. a) Le choix des vocations est très pauvre malgré parfois beaucoup de bonnes volontés: c'est la santé, l'intelligence ou la volonté qui sont déficientes. Rien de riche ni de solide: vocations qui n'ont pu espécier devenir religieux de choeur ou prêtres; de pieux imbéciles ( remarque d'un prieur éminicain ) ou des "déchets" ( un des jocistes de la première équipe de Ngr Cardijn ). Ils traînent souvent de l'aile, malgré le sincère désir de vertu; ils sont souvent heurtés par ce qu'ils voient autour d'eux et finissent par devenir des aigris, des découragés, voyant le recrutement si restreint. Cette situation est pénible à soutenir: on pourrait en paîler longuement.b) Cette situation ferme la porte à un groupe considérable de chrétiens; ouvriers ruraux et industriels un peu instruits, petits commerçants, fonctionnaires, tout jeune homme qui a fait des études modernes, homme d'un certain âge et de condition cultivée: "on ne peut devenir Père et on est rebuté par la vie de Frères". Pourquoi? On devient " domestiques des Pères ", " moines de seconde zone ", "valets de ferme" ( remarques des prêtres séculiers ) etc...etc... On souffre d'un complexe d'infériorité ( parole d'un dirigeant jociste et d'un frère français cultivé ). On peut proclamer à l'envi la grandeur, la beauté de la vie du Frère. Oui, mais loyalement combien l'accepteront-ils pour eux-mêmes, le conseilleront-ils à leur frère, à un membre de leur famille, à un ami qui ne pourra faire les études sacerdotales ? C'est donc qu'il y a quelque chose qui cloche. On ne peut pas demander d'être maître en humilité en extrant. On vient pour l'acquérir. Loin de nier la beauté de cet idéal, nous devons vivre dans la réalité et les contingences et l'adapter à la vie actuelle. Pourtant les mondes a besoin plus que jamais d'âmes qui se donnent à Dieu sans réserve : leur sacrifice contribuera efficacement à l'oeuvre rédemptrice.Very Gord Malgré l'ext in Inlandc) Quels sont les ennemis de cette vie ? + La déchristianisation des masses ? oui, elle y est pour quelque chose. Mais disons plutôt, le suffrage universel, toute l'évolution acquise par les lois --- Page 3 --- - 3 - les les lois sociales, l'instruction obligatoire qui permet au grand nombre de gravir toute l'échelle sociale. - Ensuite: les parents qui résistent à une vocation de leur fils pour Frère; le clergé séculier qui ne favorise pas ces vocations (cf. motifs cités plus haut) et favorisent les vocations tardives, les écoles apostoliques à cause du besoin de prêtres. Et nous-mêmes, nous hésiterons à encourager actuellement cette vocation. - Ajoutons à cela courageusement la grande préoccupation de l'économique qui empiète sur le spirituel. On est à court de bras, on est surchargé d'oeuvres; on presse alors pour tirer parti des bras dont on dispose au lieu d'assurer et de maintenir d'abord une solide vie religieuse où on tient compte des légitimes aspirations des sujets. (Remarque faite fréquemment dans des réunions diocésaines). C'est la perpétuelle lutte de l'équilibre. Tout cela indique la nécessité urgente de la recherche d'une solution plus adaptée aux conditions de la vie moderne. 4. Quelle solution faut-il envisager ? ou bien laisser tomber l'institution des Frères: devenir comme la congrégation anglaise, une congrégation uniquement cléricale. Si les moyens le permettent, avoir du pessonnel laïc (ce qui n'est pas souhaitable) ou s'organiser avec le moins possible de laïcs, vu la pénurie des ressources: bien des abbayes commencent à agir ainsi, en prenant une grande part de travaux manuels. Cette solution est simple: elle écarte le problème. Elle sera pénible si les ressources manquent et réclamera des moines-prêtres une contribution annuelle beaucoup plus forte que dans la congrégation de S.Maur (XVIIe) qui avait encore la ressource des Commissi ou personnel ensoutané, introuvable actuellement. Cette solution n'est-elle pas égoïste et surtout appauvrissante? Spiritualisme de Maredsous la vie de Maredsous ou bien continuar à améliorer la vie des Frères en regardant le but à atteindre: Quoiqu'on vaille, on tend vers une seule communauté, habitant sous le même toit et vivant les grandes lignes de la même vie: moines-prêtres, moines non-prêtres. Par conséquent il faut étudier le problème que cela soulève. Certains le trouveront simple. Il est très complexe. Le sacerdoce du grand nombre avec les études et les ministères qu'il entraîne, orée un fossé, une "cassure" entre moines-prêtres et moines non-prêtres. Comment l'atténuer, la "réduire" (réflexion d'un prêtre liégeois à Maredsous) ? Ce problème soulève en même temps l'organisation actuelle du travail monastique et même la vie religieuse monastique. Actuellement sous la pression de l'action catholique, on mésestime la vie religieuse, on la compare au sacerdoce "on sacerdotalise tout". On mêle un état à une fonction alors que l'un et l'autre ont leur grandeur propre et peuvent se concevoir parfaitement l'une sans l'autre. Par conséquent le problème des Frères soulève le problème des Frères: cela en raison des temps actuels et en écartant tout idée de nivellement, mais en visant à donner suivant la --- Page 4 --- - 4 - la pensée de St Benoit " ce qui est dã à chacun actuellement ". Il ne faut pas élever les Frères et les Soeurs, mais il faut que les Frères et les Frères s'inclinent l'un vers l'autre comme aussi les Mères et les Soeurs (réflexion entendue le même jour de la bouche d'un supérieur et d'une supérieure de deux communautés "aristocratiques" de Bruxelles, à l'insu l'un de l'autre en 1948 ). Il faut donc favoriser une évolution et l'expérience dira s'il faut continuer plus loin ou s'arrêter. Cette façon d'envisager le problème me semble plus large, plus bénédictine, plus apostolique. Si on peut résoudre le problème, on permettra à beaucoup plus d'âmes chrétiennes à vivre les conseils évangéliques, à vivre l'idéal bénédictin? Cet effort, la classe non seulement ouvrière, mais toute la classe latique l'attend de nous et n'est-ce pas le moyen de pénétrer plus profondément celle-ci et de contribuer à sa sanctification ? N'est-ce pas enrichir l'Eglise ? Le clergé séculier nous aidera s'il apprécie mieux la vie religieuse et s'il constate que les éléments envoyés par lui montent dans un stade de vie plus élevé; il comprandra qu'en favorisant la pratique des conseils évangéliques, il ne diminue pas le recrutement sacerdotal. Le peuple deviendra plus chrétien et les foyers seront heureux de donner leurs fils au clergé. Dieu nous enverra des vocations si nous leur procurons un cadre monastique d'une intense ferveur religieuse et apte à les épanouir. Maintenant comme au temps des Frères du Désert, l'Eglise ne sera pas appauvrie par le développement des moines: ces mêmes phalanges religieuses l'ont soutenue au temps des barbares et ont préparé le Moyen-Age chrétien. En ce moment, si nous pouvons réaliser une véritable communauté chrétienne, ne sera-ce pas la meilleure manière de lutter contre le communisme ? _::::: --- Page 5 --- - 5 - § 1/ QUEL QUES ASPECTS DE LA PENSEE DE SAINT BENOIT. Nous devons reconnaître la grande évolutions sociale survenue depuis deux guerres et qui va s'accentuant. Disons plutôt "révolution sociale": ascension rapide des masses laborieuses, déclin d'une caste uniquement possédantes. Que ferait saint Benoit en face de ce genre "d'invasion". Ses disciples pourraient peut-être le savoir comme ils l'ont fait qu cours des êges en s'inspirant de sa pensée à chaque remous historique. Ce modeste effort pour dégager la pensée de saint Benoit de certains aspects de sa Règle n'a nullement pour but de faire la leçon à l'Autorité, mais uniquement de donner une base aux propositions qui ont déjà été faites et qu'il est très souhaitable de rendre plus larges encore. 1. La recherche de Dieu. Tout dans la Sainte Règle montre l'absolu de cette recherche, l'absolu dans le détachement, et tout le reste prend une grande allure de secondaire. Cette note de "vie intérieure intense" n'est pas aussi marquée dans le but poursuivi par les autres ordres bien que cette vie intérieure doive y être intense, mais ils ont des buts déterminés. Ne voulons-nous pas parfois vivre en même temps la vie du bénédictin, du dominicain, du jésuite etc... et nous finirons, comme disait un éinent supérieur d'ordre, par devenir des "bénédictins séculiers". Pour saint Benoit, toute sa vie de prière et de travail est organisée avant tout pour assurer cette vie intérieure intense à laquelle tout le reste est fortement subordonné. C'est pourquoi il a donné une si grande importance à "l'Opus Dei. Il est convaincu qu'en agissant ainsi et n'ayant que le souci de militer sous la bannière du Christ-Roi, la gloire de Dieu sera pleinement atteinte. Cette gloire c'est la sanctification de l'âme et les âmes ne peuvent se sanctifier sans élever et entraîner tout le corps mystique, sans contribuer à la réalisation de la Rédemption. 2. Candidats à la vie monastique. Le milieu social romain et italien devait certes êtres plus complexe que le nôtre. Saint Benoit pourtant ouvre la porte à toute âme de bonne volonté qui cherche Dieu uniquement: patricienne comme plébéienne, civilisée --- Page 6 --- - 6 - ou barbare, libre ou esclave et les place sur le même plan de vie. Le coudoiement de tous ces caractères ne devait pas être aisé. Le raffiné comme le rustique, l'instruit comme l'ignorant avait matière à frottement: on comptend l'importance des chapitres de l'humilité et du bon zèle. Il en a été ainsi pendant plusieurs siècles. Le fait que l'ordre monastique est devenu depuis le douzième siècle un ordre clérical sera-t-il un obstacle aux vocations de toute la hirérachie sociale qui voudrait ou devrait vivre la vie monastique sans le sacerdoce ? Pratiquement oui, actuellement. Est-ce corrigible ? Réaliser la même formule ou s'en approcher davantage sera une force pour l'Eglise, un progrès pour l'ordre monastique. 3. Maintien de l'équilibre entre la "Prière et le Travail". Saint Benoit a le souci constant de maintenir l'équilibre entre la Prière du Saint Office, l'oraison, la lectio divina et le travail. Or, ces points souffrent des oscillations dans un sens ou dans un autre. En ce moment ne souffrons-nous pas d'une trop intense activité au détriment d'un travail paisible, comme d'un développement de la prière liturgique au détriment de l'oraison. De même n'avons nous pas une trop grande activité cérébrale dans une trop faible activité musculaire: celle-ci ne peut soutenir celle-là (cf. Docteur Carrel etc...). Saint Benoit lui-même demandait à ses moines 6 heures de travail manuel; à ceux qui ne pouvaient profiter de l'office et de la lecture sainte, il en imposait davantage. Aux vocations monastiques non-prêtres susceptibles de profiter de l'office et de l'étude, pouvons-nous actuellement nous montrer avares de l'élément spirituel et intellectuel ? 4. Le monastère, champnormal et habituel de notre activité. Nous sommes des cénobites et non pas des chartreux ou des clercs réguliers. Saint Benoit s'adresse à des âmes que l'austérité des déserts ferait reculer; plus délicates, elles sont fortifiées par le coude à coude du monastère tel qu'il le conçoit. C'est pourquoi la vie "communautaire" doit y être très intense non seulement dans la prière, mais aussi dans le service mutuel et le travail intellectuel et manuel. Ceux de l'extérieur sont parfois frappés du sens "individualiste très accentué" de nos communautés (remarques de prêtres et de laics) et de la facilité avec laquelle nous allons dehors. Heureusement que la tâche des collèges groupe des --- Page 7 --- - 7 - éléments monastiques. Saint Benoit souhaite qu'on ait autant que possible chez soi tous les éléments de travail et qu'on s'entraide le plus possible, car toutes ces sorties ne sont pas toujours profitables ni à ceux qui sont dehors ni à ceux qui demeurent au dedans. L'activité cléricale ne devient-elle pas un prétexte pour favoriser la sortie du monastère ? Le souci de rendre cette activité toujours plus la sortie, "plus à la page" ne contrecarret-elle pas parfois la part à donner à la prière comme celle à donner au travail communautaire du monastère ? N'exagère-t-on pas parfois sur la quantité d'éléments de travail au détriment du travail en profondeur ? 5. Le travail manuel. Saint Benoit semble se réjouir s'il y a "excès de travail manuel" et pous engage à l'accepter avec joie. "Tunc vere monachi sunt". Il y a à cela bien des raisons. Raison d'humilité. Le travail des mains coûte à la nature humaine. Nous avons plus ou moins souci denotre cellule, de nos souliers; mettrons-nous le même coeur à faire chaque jour la celluèe, les souliers d'un confrère sagé ou malade, d'un hôte, ou d'autres petites besognes manuelles ? Que dire des gros travaux plus rudes ! Avec l'habitude de nous en décharger sur les Frères, les novices ou les clercs, nous prenons vite une allure d' "aristocrates", nous trouvons "naturel" de nous faire servir (remarques fréquemment entendues par nos anciens élèves, même à cheveux blancs). On ne s'en rend même pas compte; le prêtre, le religieux trouve naturel qu'on le serve et on dira cette parole "entendue" : le respect du sacerdoce. Raison de pauvreté. Saint Benoit veut que nous vivions pauvrement de notre travail et non de revenus et de donations; celles-ci doivent plutôt favoriser de larges aumônes et ceux-là vont en diminuant. Devant se servir soimens davantage, on devient plus simple et moins exigeant; la charité et l'esprit surnaturel ne peuvent qu'y gagner. Les nécessités économiques doivent nous stimuler à nous tirer d'affaire nous-mêmes et à trouver des moyens rémunérateurs, même modetes sans devoir payer force employés qui alourdissent la caisse des celleriers et empêchent de faire l'aumône. Raison de vie communautaire. Le travail manuel réclame des bras; on doit travailler ensemble et on peut difficilement s'appliquer à bien des tâches d'une façon isolée. Saint Benoit qui organise toutechose avec tant d'ordre et qui comprend la spécialisation, veut que le service de la cuisine, complexe par lui-même, se fasse par tous pour que ce service mutuel soit rendu par tous: "Fratres sibi invicem serviant". Il veut que nous soyons les domestiques les uns des autres. Raison d'équilibre mental. Il est certain qu'une vie contemplative intense (office-craison), comme de longues heures d'études ou d'enseignement, réclament un dérivatif physique pour toute la vie musculaire. Une part de ce travail manuel ne se montre-t-il pas nécessaire pour assurer cet équilibre ? --- Page 8 --- - 8 - Enfin, raison sociale. Quel sujet d'édification pour le monde qui ne veut plus travailler des mains, qui aspire à être servi et à jouir, de voir des hommes de toute condition se prêtant volontiers et ensemble à toute besogne. Quel simulant pour les moines eux-mêmes qui ne peuvent se livrer aux travaux intellectuels et qui devront seulement consacrer une partie de leur temps à des travaux manuels de voir leurs confrères les aider fraternellement à certaines heures. Le Rme Abbé Glories, mort en 1948 et abbé durant 25 ans, attribuait le magnifique relèvement et rayonnement de la Pierre-qui-Vire au silence et au travail manuel, et jusqu'à quelques mois avant sa mort, il allait à l'épluchement. Avouons que nos mains sacerdotales et d'intellectuels répugnent au travail manuel: des évêques missionnaires ont pourtant bâti leur cathédrale. Les moines ont si souvent abandonné ce travail au cours de l'histoire; à chaque réforme bénédictine, la question du travail manuel communautaire a été reprise et mise à l'honneur. 6. Sacerdoce et études sacerdotales. Ici au contraire, saint Benoit semble craindre le sacerdoce et ses craintes sont justifiées à cause de la superbe. Avec lui et saint Bernard, reconnaissons le danger pour l'âme qui trouvera facilement prêtexte du sacerdoce et de la science, pour s'élever et se faire servir, au lieu de grandir en charité et en humilité. Comme il a été dit plus haut, on objectera: le respect du sacerdoce ! Quelle puissance au contraire que le prêtre humble et le savant modeste. "Magis ac magis in Deum profociat", "sciens se multo magis disciplinae regulari subdendum". Ici aussi saint Benoit montre nettement la distinction entre la vie religieuse et le sacerdoce. Actuellement dans le monde ecclésiastique, on saisit moins cette distinction et on minimise la vie religieuse. Comme il a été dit plus haut, celle-ci est un état qui permet de tendre vers la perfection; celui-là est une fonction, éminente sans doute, mais pour le service de l'Eglise. Cette fonction n'atteindra son plein épanouissement chez le religieux que s'il vit d'abord parfaitement sa vie chrétienne (lisen) religieuse. La vie religieuse comme la fonction sacerdotale ont leur valeur sanctifiante parfaite, mais du moment que le prêtre devient religieux, il devra vivre sa vie religieuxe pour assurer l'épanouissement de sa vie sacerdotale et cela à cause de la valeur inhérente aux conseils évangéliques. Le sacerdoce n'est pas le couronnement de sa vie religieuse. Disons plutôt un enrichissement "éminent" de sa vie religieuse, plus pour le bien de l'Eglise que pour son bien propre. Par conséquent, aucun des devoirs de sa vie religieuse ne peut faire du tort à sa vie sacerdotale; bien au contraire. Plus le moine-prêtre agara ainsi, mieux il pourra être élevé au-dessus du moine non-prêtre sans crainte de le froisser. Le moine-prêtre doit être plus moine que les autres et sa vie sacerdotale ne doit pas se calquer sur celle des autres religieux ou des prêtres séculiers. Il est pénible alors d'entendre dans la bouche de laits ou de prêtres séculiers: "Il y a des moines qui apprécient plus leur vie sacerdotale que leur vie monastique; ce devrait être le --- Page 9 --- - 9 - contraire". Ou encore: "sous prétexte de vie sacerdotale, on néglige ses devoirs monastiques" etc... Remarquons encore que saint Benoit, lorsqu'il insiste sur la "lectio divina", ne se préoccupe pas de l'enrichissement intellectuel, mais de l'enrichissement spirituel qu'elle doit donner à l'âme du moine. C'est à cause de cette profondeur de vie spirituelle que l'Eglise a fait appel à l'ordre monastique pour la seconder dans tant d'oeuvres apostoliques, de là l'extension et le rayonnement de son sacerdoce, des études et du travail monastiques. Tout ce développement a amené une "cassure" entre les moines-prêtres et les moines non-prêtres, mais cette cassure ne peut-elle actuellement à cause de l'évolution sociale et l'instruction obligatoire être fortement atténuée. Si ce développement se réalise avec une grande discrétion et si le moine-prêtre reste profondément fidèle à l'observance régulière dans son monastère, il sera sujet d'édification pour le moine non-prêtre et pour l'extérieur. - Il serait regrettable que ce rayonnement intellectuel, qui doit être conservé, écarte toujours davantage toute vocation qui ne peut être sacerdotale. 7. Oraison et silence. L'activisme sacerdotal ne vient-il pas entraîner, je dis, entraver cette "vie d'oraison qui doit être l'atmosphère du moine" comme "cette application au silence" : "Orationi frequenter incumbere; omni tempore silentium debent studere monachi". (S.R.) Le ferveur dans la récitation du St Office comme la générosité dans l'activité monastique doivent marcher de pair avec la ferveur de l'oraison privée. Nous connaissons la ferveur des Saints, moines ou autres, très actifs, mais qui toujours s'appliquaient assidument à l'oraison... et dans l'oratoire. Quel exemple entraînant pour les autres et saint Benoit souhaite que l'oratoire soit le lieu d'oraison. Notre siècle d'agitation et de bruit n'apprécie plus guère cet effort pour l'oraison et le silence. C'est pourquoi, il est d'autant plus nécessaire de le maintenir pour sacerdotale puissant donner à l'Eglise ce qu'elle attend de notre fonction sacerdotale et de notre vie monastique. Cette fidélité dans l'oraison, nous devons la vouloir; elle doit s'alimenter dans le St Office, mais aussi dans la lecture spirituelle, vraiment "lectio divina", et le cadre monastique doit assurer l'un et l'autre. Le point délicat, c'est de bien hiérarchiser l'office, l'oraison, l'étude et le travail manuel, et d'en assurer le bon développement. Mais si l'autorité doit en assurer l'harmonieux axercice, chaque moine doit s'afforcer d'y être fidèle et ne pas urger certaines activités à sa guise. = = = = = = = = = --- Page 10 --- - 10 - § 2. PROPOSITION DES MODIFICATIONS A APPORTER A LA VIE DES FRÈRES POUR FAVORISER LA PROGRESSION VERS LA FORMULE DES MOINES NON PRETRES. - Les faits prouvent que la formule actuelle ne favorise pas les vocations; il faut donc légiférer non pour les Frères actuels, sauf les plus jeunes, mais pour les nouvelles vocations qui se présentent et pourraient être encouragées. Il est souhaitable qu'on vive une même vie sous le même toit avec une part de la même prière et des mêmes travaux. Nous ne pouvons demander à nos Frères de vivre comme des bénédictins trappistes, alors que la plu-part des membres de la communauté vivrait comme des bénédictins, dominicains, jésuites etc... Cette communauté de vie ne peut être réalisée sans sacrifices mutuels; elle doit se faire de fraçon progressive, et préparer la situation pour les moines non-prêtres. A. LA PRIERE. 1. La décision du Chapitre de 1946 et ce qui a été fait à Maredsous. Le Chapitre a autorisé "une participation plus grande au St Office monastique et une lecture spirituelle quotidienne, le tout laissé à la discrétion du Supérieur". A Maredsous, les Frères récitent tout le diurnal monastique monastique avec un livre latin-français: Laudes et Prime le matin, les petites heures à midi et, une heure avant le souper, Vêpres et lecture de la Sainte Ecriture (7 minutes) suivie de la lecture spirituelle; celle-ci est individuelle, mais ensemble à l'église (chapelle du St Sacrement). Ils assistent à --- Page 11 --- - 11 - l'église avec les moines de choeur aux Vêpres, chaque fois qu'il y a bénédiction du St Sacrement, à la messe des lers et Emes ordres, aux Laudes des fêtes chômées de ler ordre et aux Complies, ainsi qu'à certains offices pour carconstances spéciales; ils ont toujours leur messe du matin avec une messe d'action de grâces où ils font leur méditation. Tout cela a été accueilli avec joie. La fidélité que les Frères, surtout les plus fervents, mettent à réciter leur diurnal est virgement réconfortante et montre qu'on a répondu à une réelle aspiration de leur âme. Peu spirituelle pourtant songé à exprimer ce désir. Leur diurnal et leur lecture spirituelle leur font du bien; ils y tiennent; ils ont la conviction et le sentiment d'une vie plus religieuse. Pour le moment, il est souhaitable qu'ils continuent à réciter l'office ensemble: ils y ont une part plus active: ils sont hebdomadiers, acolythes. Que ne sont-ils plus nombreux! Ces mesures ont été prises dans d'autres congrégations depuis 1946 et cette récitation s'y fait avec la même ferveur en langue latine ou vulgaire (lettres de France, d'Allemagne, d'Amérique) et avec une participation plus ou moins grande avec les moines de choeur. La réaction des Frères des pays "latins" a été en faveur de la récitation en langue latine, surtout grâce à l'usage du diurnal latin-français. 2. Propositions. - Insister sur la fidélité de la récitation du diurnal. Si on est empêché de dire le tout ou une partie à cause d'un travail extraordinaire, on doit être tenu d'en avertir le supérieur.- Autoriser l'assistance dans les stalles du choeur à la messe et aux Vêpres, le dimanche et les jours de fêtes chômées pour lesplus jeunes; facultative pour lesplus anciens. Y aller progressivement, en lesformant. On y met bien les élèvesou de petits chantres.- Donner une courte leçon de chant pour les jours où ils participent à l'office et les livres nécessaires. Le chant collectif est réconfortant. Ce rapprochement sera sujet d'édification et d'encouragement.- Veiller avec une grande prudence et une grande discrétion à assurer aux Frères leur présence aux exercices religieux conventuels. L'abondance des travaux manuels encourage à faire appel à leurs bras et risque de diminuer leur fidélité, et, par conséquent, la générosité de leur vie religieuse. C'est peut-être plus important que pour les Pères et on n'y pense pas toujours.- N'y aurait-il pas lieu d'attirer l'attention du Chapitre sur l'assistance regulière des moines à l'office surtout de Matines et à la célébration de la Sainte Messe. Les Frères, vivant plus en contact avec les Pères, sont parfois heurtés par l'absentéisme de certains aux offices ou par la célébration de la Sainte Messe, au saut du lit. Sans doute, certains Pères ont besoin de plus de repos à cause de la fatigue cérébrale plus intense, mais ils peuvent aussi prendre plus facilement du repos au cours de la journée. Les Frères, attachés à des tâches communes, le peuvent plus difficilement. Et surtout, l'exemple est communicatif et encouragera la demande de dispenses. --- Page 12 --- - 12 - - Pour favoriser cette présence au St Office, n'y a-t-il pas lieu de faire un examen sur la longueur de sa célébration et la réduction de bien des ajoutes intitiles surtout les jours ordinaires. Les abbayes françaises font bien des choses plus simplement, et cela diminuera bien des fatigues. - De même la fidélité à l'oraison et de préférence dans notre église. On prétextera le manque de recueillement, le tourisme, les pèlerins etc... Ne peut-on réserver une place, avoir un oratoire ? L'exemple de l'oraison est un stimulant puissant, combien bienfaisant. L'oraison du soir se fait dans l'église à Downside (congr. anglaise). Conclusion : Il est certain que cette fidélité dans la prière tant de l'office que de l'oraison, tant de la part des Pères que des Frères, sera un gage de bénédiction divine et l'attache la plus forte pour les Frères à leur église abbatiale, à leur monastère ainsi qu'un motif encourageant pour les vocations, témoin ces Frères entrés parce qu'on chantait l'office. Le rayonnement de Solesmes est certes dû en partie au soin et à la fidélité avec lesquels l'Opus Dei y est accompli. Il importe donc que tous nous puissions y participer à une partie notable, étant donné les oeuvres que nous avons à accomplir. B. TRAVAIL MANUEL 1. Point crucial du problème. On touche peut-être ici le point délicat, le plus délicat, le plus pénible des mesures à envisager pour favoriser le recrutement des Frères moines non-prêtres. Il n'est pas besoin de reparter de l'origine des Frères, du besoin de main d'oeuvre au monastère, de l'évolution sociale, de la profonde déconsidération de la condition servile, des avantages physiques, moraux et spirituels d'un travail physique, de la priorité du travail intellectuel, de l'éminente dignité du sacerdoce. Ayons le courage de faire comme keuwubeaucoup, si pas la plupart des gens du monde, qui ont connu leurs grandsparents, leurs parents avec du personnel domestique et qui maintenant élèvent leurs enfants en faisant eux-mêmes une grande partie de la besogne quotidienne. Que de prêtres séculiers vivent dans des conditions plus pénibles que jadis et cette situation a raréfié les vocations sacerdotales. Serons-nous plus exigeants que les gens du monde et le clergé séculier ? Si nous ne voulons pas prendre une part de travail manuel, renonçons à des vocations de moines non-prêtres non-prêtres. Elever la condition des Frères à celle des moines non-prêtres n'écarte pas les nécessités matérielles quotidiennes de la vie: il faut manger, se chauffer, entretenir, soigner etc... et nous n'obtiendrons pas d'eux une grande part d'activité manuelle si nous ne leur donnons pas l'exemple en les y aidant. Si nous n'avons pas les moyens --- Page 13 --- - 13 - de payer du personnel laïc, nous semons dans une situation plus pénible. Ce n'est pourtant pas ce motif là qui doit nous guider. C'est le motif du rayonnement de la Règle de Saint Benoit qui doit nous encourager, l'avantage monastique qu'il y a d'écarter du couvent la main d'oeuvre laïque et surtout l'édification qui peut découler sur les âmes. Par notre attitude, il faut revaloriser le travail des mains, attitude d'autant plus méritoire qu'elle sera unie au travail intellectuel. 2. De quel travail s'agit-il? // Dans le rapport présenté en 1946, le travail a été distingué entre "travail ménager" et "travail de métier". De même que les Pères doivent s'appliquer aux tâches intellectuelles, il est souhaitable que les Frères (ou moines non-prêtres) s'appliquent aux tâches artisanales ou mi-intellectuelles. Mais tous devraient se partager le travail "ménager" ou de "manoeuvre" tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du monastère. 3. Difficultés à vaincre. a) Etat d'esprit à créer. Ce n'est pas tant le manque de bonne volonté, de générosité de la part des moines qu'il faut vaincre; il y en a beaucoup. Mais on n'a pas été élevé comme cela et habitué à cela. Comprenant l'importance et la nécessité de cette part de travail, il faudra savoir accepter généreusement un état de choses et non le subir; sinon, on écartera bien vite les mesures prises. b) Le manque de temps. On objecte souvent et constamment le manque de temps: l'office, les études, les oeuvres etc... L'objection est très réelle. Sans doute, on pourrait récupérer bien des minutes perdues dans des choses inutiles, mais l'effort doit se porter ailleurs: on doit avoir le courage de se restreindre et ne pas vouloir tout faire, tout embrasser et le faire chacun isolément: hiérarchiser toutes les valeurs de sa vie monastique et de ses travaux intellectuels et savoir supprimer le moins important. Nous sommes devant une nouvelle situation et nous devons nous y adapter, si nous voulons assurer le rayonnement de l'ordre. Si des restrictions sont à apporter dans des travaux intellectuels, n'y a-t-il pas lieu aussi de ramener la célébration du St Office à une tenue plus simple surtout les jours ordinaires (cf. plus haut). Si souvent la chose a été faite au cours de l'histoire. c) La difficulté d'organisation. Objection très réelle. Tant de motifs et de prétextes seront là pour entraver ce travail. Il faut une autorité ferme pour l'organiser et le faire observer. Tous doivent s'y mettre généreusement: on ne peut tabler sur des "volontaires" qui seront bien vite réduits à néant. Parmi les travailleurs, il y aura des équipes stables qui pourront être mises dans des besognes régulières, et il y aura les équipes mobiles: ceux qui vont et qui viennent, qui combleraient les vides créés par des absences pour études, --- Page 14 --- - 14 - ministère etc... Les plus âgés seraient mis à des besognes régulières, moins fatigantes; les plus jeunes seraient conservés pour les besognes qui réclament un effort physique plus grand ou des déplacements nécessaires. Ces besognes peuvent être faites au monastère ou dans les écoles. Pourquoi ne pas y entraîner nos élèves, parfois mieux servis au collège qu'en famille? Ils le font en famille et les parents en seront enchantés. Mais il faut que tous y prennent part et que les services ne puissent souffrir des absences. Mettre tout sur le dos de quelques uns est certes plus facile et plus "confortable". Si tous s'y mettent, on deviendra plus habile. L'usage judicieux des machines réduit bien des côtés pénibles de certains travaux. On aura plus à coeur le bien commun; on deviendra plus simple et moins exigeant. Dans tout ce qui précède, je ne voudrais pas qu'on trouve une critique en bloc du labeur très réel de mes confrères. Certains même sont trop chargés. Mais vouloir maintenir la situation qui, dans le passé, facilitait bien des choses, n'est plus possible actuellement et il faut que nous nous adaptions à la situation actuelle et sauvions l'essentiel. 4. A v a n t a g e s. a) Cette part "manuelle" prise par toute la communauté dans le monastère et ses dépendances, supprimera de la façon la plus sensible cette note de "domestiques des Pères" qui écarte si fortement à l'heure actuelle les vocations de moines non-prêtres et tous ceux qui pourraient les favoriser. Ne perdons pas de vue la déconsidération de la condition servile. On n'a jamais tant proclamé le mot "servir", mais on ne veut plus être "en service".b) Cette part "manuelle" fera accepter plus généreusement une part plus grande de travaux manuels plus qualifiés par les moines non-prêtres ou par certains des moines-prêtres qui s'y intéréseraient plus volontiers; on s'y appliquera plus généreusement à cause de l'entrain général.c) Cette part "manuelle" ne favorisera-t-elle pas plus facilement l'humilité et la charité des moines-prêtres; la dignité sacerdotale et tout ce qui en découle peuvent si aisément les atténuer. Ce n'est pas en vain que N.S. oppose le bon Samaritain à un prêtre et à un lévite. Avouons que c'est vrai. Travaillant nous-mêmes de nos main, nous comprendrons mieux les difficultés et nous contribuerons au travail avec plus d'adresse quand cela sera nécessaire.d) La réduction de la main d'oeuvre étrangère écartera l'élément laic et mettra toute la communauté dans une atmosphère monastique profitable à tous et nécessaire à tous, mais peut-être encore plus nécessaire aux moines non-prêtres.e) Certains rudes travaux physiques accomplis par les jeunes ne seront èils pas parfois plus bienfaisants pour le corps que certaines promenades ? Le corps étant plus détendu, l'esprit ne sera-t-il pas plus reposé ? --- Page 15 --- - 15 - f) Alors on pourra envisager le travail des métiers ou des travaux mi-intellectuels (comptabilité, bibliothèque, imprimerie etc...) qui seraient ou pourraient être rémunérateurs. Si le monastère possède une école de métiers d'art et si tout le travail mandé tant de direction que d'éxécution pouvait être uniquement aux mains de moines, le rendement ne pourrait-il être meilleur et peut-être plus lucratif ?g) Aux Pères faisant du travail manuel et mis à la tête de chaque département, on pourrait plus aisément adjoindre de jeunes recrues qui travailleraient sous leurs ordres. Si souvent on se plaint que ces jeunes recrues manquent d'humilité, de souplesse, de soumission etc?? mais, à peine nrrivés, on les met dans des services où elles sont quasi-indépendantes: "on leur demande des prodiges de vertu, alors que pour les moines de choeur, ils sont durant 7 ans en période de formation" (remarques du Sous-prieur et du Maître des novices de Ligugé, et d'autres monastères).h) Si une cohésion plus grande existe entre tous, on pourra mettre à la tête de certains emplois des moines non-prêtres bien formés qui alors sans heurt pourraient commander et être obéis. Cela favorisera des vocations parmi des hommes cultivés et exercés qui n'aspireraient pas au sacerdoce ou pourraient y accéder difficilement. C'est le cas dans certaines abbayes de France qui ont accepté des ingénieurs, des militaires, des architectes..etc..i) Ce travail, que saint Benoit semble apprécier, ne serait-il pas une mortification plus bienfaisante et moins lourde pour des tempéraments moins robustes, que des offices allongés dans le sens clunisien ou des austérités dans le sens trappiste. Bien réglé, ne pourrait-il pas s'harmoniser avec tout le rayonnement intellectuel et ministériel du monastère. 5. Horaire établi pour les Frères à Maredsous. On l'a apprécié et les Frères y tiennent beaucoup quant à la disposition : deux grands blocs de 4 heures, plus quelques agoutes le matin et le soir. Mais, quoiqu'on en pense, la part de travail y est trop forte: neuf heures de travail et certains font parfois davantage. La remarque m'a été confirmée par des trappistes et des moines de la Pierre-qui-Vire. Elle pourrait être réduite très heureusement. Les moines de Saint Benoit avaient six heures de travail (cf. D. Butler et D. Berlière) et le temps passé à l'office n'est pas précisément un temps de repos physique. La part qui pourrait être retirée, serait bien utilisée pour la formation intellectuelle (cf. plus loin). Conclusion. Le Chapitre Général de 1946 a encouragé les moines à accepter une plus grande part de travail, si c'était nécessaire. L'accepter généreusement et pour toute la communauté devient nécessaire: de moins en moins on pourra --- Page 16 --- - 16 - vivre de revenus et certaines abbayes (Solesmes et autres) en ont déjà une part plus grande que jadis. L'accepter favorisera la vie communautaire et spirituelle: on travaillera davantage ensemble à certaines heures à des besognes communes humbles et mortifiantes au service les uns des autres, suivant la pensée bénédictine. L'accepter favorisera des vocations de frères, de moines non-prêtres dans toute la classe laborieuse quelle qu'elle soit; ce sera pour le monde jouisseur un grand sujet d'édification et cela accentuera le rayonnement apostolique du monastère (rayonnement de la province cassinaise de France). C. FORMATION INTELLECTUELLE. 1. Le fait. Les études primaires et moyennes, parfois techniques ont développé la formation intellectuelle dans la classe appelée jadis "populaire". La jeunesse ouvrière est avide de s'instruire. (Abbé Jadot). On ne peut plus demander à des vocations actuelles de renoncer à s'instruire et de se limiter à une demi-heure de lecture strictement spirituelle, alors qu'ils vivent dans tout un rayonnement intellectuel, collèges, écoles, revues, journaux, radio etc... Pour des natures capables de s'instruire, c'est une lourde épreuve que de ne pouvoir faire une lecture instructive à la fin d'une journée de travail. (Motif du départ d'un novice, frère Vital, âgé de 42 ans, ouvrier tourneur). Un inversitaire peu doué et aspirant à la vie monastique, objecta: "Alors, Père, je ne pourrai plus lire!" Ceux que l'étude n'intéresserant pas, préfèrent toujours s'appliquer au travail de métier. Saint Benoit n'accorde trois heures de "lectio divina" qu'à ceux qui savent en profiter. Le cas est encore plus angoissant pour des hommes d'un certain âge et instruits qui désirent vivre la vie monastique sans demander le sacerdoce. 2. Difficultés à vaincre. a) Lutte constante avec le point de vue économique. Ce sont des bras qu'on essayera toujours d'accaparer. Par conséquent, on devra veiller à assurer aux Frères les heures de lecture et d'études auxquelles ils auront droit, et cela, pour le bien réel du monastère. On perd facilement cela de vue, sous prétexte que tout concourt à la sanctification. L'autorité devra veiller soigneusement à ce que tout se fasse avec discrétion, dans l'ordre et la paix. Si la nécessité réclame un travail supplémentaire momentané, qu'on accorde un temps libre en d'autres circonstances. b) La difficulté consiste aussi à organiser ces "études" étant donné la variété des sujets, toute la gamme de formation intellectuelle qui peut se pencontrer et le recrutement plus ou moins nombraux et varié. La question se pose surtout pour des éléments jeunes. --- Page 17 --- - 17 - c) On objectera encore qu'au début de la vie monastique, on acceptera volontiers d'être Frère ou moine non-prêtre, mais le regret viendra avec le temps et on voudra devenir moine-prêtre. C'est vrai s'il s'agissait de cas isolés; mais si les moines non-prêtres sont un certain nombre participant largement à la vie des moines-prêtres, l'objection sera-t-elle fortement à craindre ? 3. Points à établir. a) Organiser un scriptorium où cours et conférences seraient donnés et où les auditeurs pourraient écouter la plume à la main. Durant la journée, les Frères pourraient aisément venir y lire ou se recueillir. Préférable de favoriser cet effort en commun plutôt que d'encourager la lecture en cellule sauf le dimanche: ce sera un stimulant pour tous. Dans ce scriptorium, une bibliothèque facile à consulter et chacun aurait sa case sur son pupitre. b) Si les Frères sont nombreux, organiser des cours. C'est ici qu'on pourrait se demander s'il ne serait pas utile de les adjoindre à certaines conférences du noviciat ou du cléricat au cours de leurs premières années...et en vue de l'avenir. Il y aurait un stimulant et un gain de professeurs. S'ils sont peu nombreux, organiser un cycle de lectures qui devraient être guidées et sur lesquelles, ils devraient faire de petits travaux. c) En ne devrait donc pas s'en tenir uniquement aux lectures seulement "édifiantes", mais envisager tout un côté doctrinal qui les aiderait au point de vue scripturaire, théologique, historique et même social, et enrichirait la compréhension de leurs lectures. Programme plus facile à envisager qu'à élaborer. Programme nécessaire pourtant si on veut élargir le cercle de recrutement et ne plus se contenter de quelques "rares analphabètes ou pieux imbéciles" (cf. introduction): ils ne sont plus si nombreux! Lorsqu'en aura pu les caser dans un métier, il sera important de leur donner les connaissances professionnelles que ce métier comporte, pour qu'ils puissent s'y appliquer avec intérêt et avec goût. d) Mettre dans les mains des Frères-profès-perpétuels certaines revues non seulement spirituelles, mais aussi sur des questions sociales, même un journal qu'ils pourraient parcourir à un moment déterminé. "Ils sont électeurs! et ils ne sont guère au courant des idées sociales " (D. Bède). Ils le sont parfois en entrant; doivent-ils l'oublier ? e) Cette question de la "part intellectuelle" soulèvera le problème de la déminution des heures de travail. N'y aurait-il pas lieu d'envisager un élargissement de temps pour les études philosophiques et théologiques des clercs? Ceux-ci faisant un peu plus de travail manuel compenseraient ainsi un certain déficit de temps, fortifieraient leur santé et favoriseraient un meilleur travail intellectuel. On est toujours pressé de hêter la fin des études...par nécessité, sans doute. Mais est-ce un bien, surtout si on les envoie rapidement faire du ministère. Certaines abbayes françaises élargissent ce temps d'études: 3 années de philosophie et 4 ou 5 années de théologie. --- Page 18 --- - 18 - CONCLUSION. Encore une fois, ne raisonnons pas pour les frères actuels, les anciens qui seraient très étonnés de devoir faire des études! Mais pensons aux jeunes et à ceux qui pourraient venir. L'important c'est que le Chapitre Général autorise et favorise cette formation intellectuelle pour les moines qui ne seraient pas proposés pour le sacerdoce ou qui y auraient renoncé. D. REGIME FAMILIAL DU MONASTERE. Le régime familial est avec la question du travail manuel, le deuxième point dont la solution est très délicate, mais c'est aussi, avec le Saint Office, ce qui attache le plus au monastère. "Améliorer la vie des Frères" tant qu'on "ne touche pas aux Pères", on l'accepte, on l'encourage même. Mais du moment que des compromis sont à faire entre les deux vies, cela devient "cuisant". Pourtant il le faut, si on veut favoriser les vocations de Frères, des moines non-prêtres. Que n'a-t-on pas dit dans le passé sur certaines lois sociales que l'on trouve actuellement très légitimes. Nous disons si souvent "Cor unum et anima una"; que de passages de la Règle nos Frères entendent au réfectoire sur ce thème. Ce sont ces différences qui entravent les vocations ou les font avorter: têmoin les vocations de notre Ecole de métiers d'art qui sont écrites ou qui de persévérent pas. La situation actuelle, très légitime dans le passé, demande donc examen et changement. Il faut donc chercher à favoriser la soudure entre moines-prêtres et moines non-prêtres, malgré la réelle difficulté d'intégrer dans la famille monastique des éléments différents. Les solutions seront toujours difficiles et délicates et ne seront jamais parfaites, mais les heurts seront moins pénibles si on poursuit le problème en mettant toujours en tête le problème monastique avant le problème clérical. Et puis, n'est-il pas préférable d'aller de l'avant plutôt que d'arracher des solutions? Les dirigeants d'action sociale aspirent à ce que l'on trouve une solution favorisant la vie monastique dans toute l'échelle sociale. Ils sentent le bien qui en découlerait pour l'Eglise tout entière. Têmoin les encouragements donnés par Mgr Cardijn et tant d'autres prêtres aux changements déjà accomplis. Et ils ne préconsient pas "les prêtres-ouvriers". Têmoin encore le rayonnement du jubilé de la JOC, où il a été si fortement proclamé qu'il fallait souvegarder, développer la personnalité de la jeunesse ouvrière et lui assurer une vie chrétienne intense sous toutes ses formes. Quelques points seront examinés avec quelques propositions, et certaines modifications. 1. Sacerdoce. Les changements accordés h'ont diminué en rien le respect du sacerdoce chez les Frères, pas plus que de voir les Pères faire un peu de travail manuel et ceci bien au contraire. Voir les Pères nettoyer simplement --- Page 19 --- - 19 - et joyeusement les assiettes, les casseroles a été un réel réconfort. Ce qui heurte lesse Fères, c'est de voir la désinvolture de certains Pères qui disent la messe au saut du lit, ou ne la disent pas; c'est de voir l'aisance avec laquelle ils exploitent les avantages du ministère, l'enseignement ou les éduces, et le naturel avec lequel ils se font servir quand ils n'y mettent pas de l'arrogance. N'oublions pas que nous aurons et avons des Frères de familles parfois plus fortunées que celles des Pères et que des situations sont parfois mieux rétribuées dans la classe ouvrière, dans la classe des fonctionnaires et autres. N'eut-il pas été préférable que le caractère sacerdotal fût mieux marqué extérieurement par la tonsure que S. André avait jadis. Cela a été demandé en 1946. Puisque les prêtres ont des intentions libres à certains jours de fête, ne pourrait-on en donner quelques-unes aux Frères profès: elles pourraient être dites au jour demandé par eux. C'est un usage dans la congrégation helvéto-américaine. Surron 2. Habit et tenue. Le changement d'habit (capuchon - long scapulaire) n'a pas fait de tort et a été heureusement accueilli (la congr. de Beuron a fait de même) et surtout la suppression de la barbe. On a pu le constater: notre cher f. Thaddée, Ågé de 80 ans, s'est empressé de la raser le lendemain. Ne serait-ce pas mieux de laisser descendre la chape et l'avoir presqu'aussi longue que la tunique. 3. Cérémonie - professions - funérailles - suffrages. Les changements accordés en 1946 ont été très heureux et il faudrait les rendre définitifs. Nos Frères récitent maintenant l'office en latin et très convenablement; ne pourrait-on leur laisser dire en plate les réponses des cérémonies de la profession (ils le font s'ils accompagnent un moine de choeur) et écrire leur charte en latin, s'ils le désirent. Ils le feront sans difficulté et avec compréhension. La cérémonie de la profession ne pourrait-elle être un peu réduite ? il y a des craisons qui font double emploi, un Veni Crator qui se chante quand le principal est accompli. La Préface est dite pour quelqu'un qui devient moine. Pourquoi la refuser au Frère qui fait des voeux perpétuels, comme jadis les moines de choeur, à la Prèce des friens des voeux perpétuels, noviciat. Est-il nécessaire de maintenir deux ans de noviciat puisqu'on fait un long postulat et un triennat. Jadis la profession perpétuelle se faisait après les deux années de noviciat. Souvent ils prennent l'habit avec les moines de choeur et ils pourraient continuer s'ils sont méritants. Si les 2 années sont maintenues, faut-il parler à daque Quatre-Temps; ce serait mieux tous les six mois. Si le nombre des Frères n'augmente pas, je souhaiterais qu'on réserve les cérémonies aux grandes fêtes. C'est fatigant quand les quatre-temps constamment et ils n'ont presque rien à faire dans le choeur; à leur place, ils peuvent chanter avec le choeur. À Solesmes, ce sont des clercs qui sont "porteflambeaux" et après être entrés, ils vont dans leurs stalles jusqu'au --- Page 20 --- - 20 - moment où on a besoin d'eux, à la consécration. L'inclination à la croix du Maître-Autel ne pourrait-elle être réservée aux profès solennels et aux profès perpétuels: c'est le cas chez les cisterciens et d'autres congrégations bénédictines, même d'autres ordres religieux. Ou bien la réserver aux profès solennels. 4. Cellule - Réfectoire. Le Chapitre a encouragé l'ectroi d'une cellule. A St André et au Mont-César, c'est chose faite et on peut juger des avantages et des inconvénients. A Maredsous, rien n'a pu encore être fait. Le Chapitre ne pourrait-il insister pour que des mesures soient prises. C'est certes une des choses à laquelle nos Frères aspiraient le plus profondément surtout les plus louables. C'est une distinction qui choisit profondément surtout lorsqu'il y a de grandes différences dans le mobilier. Même chez les cisterciens, Pères et Frères logent dans le même dortoir. Un père de famille me faisait des difficultés pour l'entrée de son fils comme frère. En terminant la conversation qui avait pris une bonne tournure, il me demanda: "Je voudrais voir l'endroit où mon fils logera". Il avait que faire des cellules, pour tous, qu'on s'efforce au moins de bien loger les Frères profès, les Frères anciens. Qu'on maintienne pourtant le scriptorium au rez-de-chaussée pour éviter les montéments dortoir au cours de la journée et favoriser l'utilisation des courts moments libres. Il en est de même pour le réfectoire, il faut veiller à avoir la même disposition des tables qui facilitera la correction et la tenue. Souvent les rapports avec les moines-prêtres sont pénibles, car on n'a pu soigner leur tenue, la façon de manger étc... sau début de leur vie monstrée que. Si tout cela entraîne des dépenses, Dieu ne les bénira-t-il pas ? 5. Récréation. Il faut maintenir la récréation commune en encourageant des Pères à y venir volontiers. Ce n'est pas toujours facile. On pourrait raccourcir celle des anciens en leur laissant un peu de temps libre. Si les jeunes circulent et se promènent, il ne faudrait pas la réduire: ils ont besoin de cette détente. L'individualisme favorise aussi l'absentéisme des récréations chez les Pères. Qu'on en réduise quelques-unes comme cela s'est fait récemment dans la Congrégation de Beuron par souci du silence, mais que la présence aux récréations soit de règle comme jadis, sauf dispense spéciale. Cet absentéisme ronge l'esprit communautaire et familial. La récréation est un exercice où la charité peut être très efficace, surtout si la communauté est grande. 6. Le respect: "honore se praeveniant". Si dans la congrégation de Beuron, la note de respect et les marques de sympathie étaient parfois un peu excessives, ne commençons-nous pas --- Page 21 --- - 21 - à pécher par l'excès contraire, non seulement dans les marques du respect mutuel, mais aussi à l'égard de l'Autorité. Bien des causes pourraient être indiquées. Suis-je impertinent en relevant le discrédit des visites canoniques et des chapitres généraux, discrédit que des autorités de la Congrégation m'ont avoué elles-mêmes. Ce discrédit des visites n'est-il pas causé par le fait qu'on n'en parle plus, la visite terminée et que les mesures demandées ou imposées ne sont même pas essayées et contrôlées. Quant à la faiblesse des chapitres généraux, n'est-elle pas causés par le fait que les sénieurs ne peuvent être mis au courant de tous les rapports et n'ont que voix consultative. Si le respect ne règne pas parmi les moines de choeur et à l'égard de l'autorité, comment la cultiver chez les Frères qui, plus vite qu'on le croit, s'en rendent parfaitement compte. Ils s'en rendront d'autant plus vite compte, s'ils sont (souvent plus mêlés aux Pères, si la vie devient plus "conjointe" (cf. articles Vie Spirituelle). C'est heureux qu'ils n'assistent pas parfois à certaines récréations des Pères. Si le respect diminue, bien des difficultés surgiront. Mais ce respect doit être inspité par l'attitude des Pères et non par la crainte révérentielle qui sera moins forte puisque l'écart sera moins grand. Il ne faut pas que le Frère se dise: "Parce que je suis Frère, je dois avoir tort, m'incliner et avoir la soupe à genoux". (remarque d'un frère Agé et bon). - On a supprimé le mot "convers" à Frère, ne serait-ce pas mieux de donner les appellations: moines-pères, moines-frères, que moines de choeur et frères laïcs; l'usage courant dira Pères-Frères, comme on le fait déjà. Dans les récentes déclarations beuroniennes, on a supprimés "laïcus" et repris "conversus". 7. Les sorties et les loisirs. Bien des sorties sont nécessaires pour le ministère, l'enseignement, les études, les visites médicales, les affaires etc... mais n'amplifiet-on pas en assistant à tous les baptêmes de la famille, lères communions, mariages et non seulement de frères ou de neveux, mais de cousins, d'amis d'enfance, d'anciens élèves etc... Dans les études, n'exagère-teon pas ? Il faut avoir entendu la dernière conférence, le dernier concert et assisté à la dernière réunion sociale etc... de même pour les excursions, les voyages. S'il y a des voyages nécessaires ou des promenades bienfaisante, ne dépasset-on pas la mesure ? N'avons-nous pas tout quitté et fait profession de détachement ? Mieux que tant d'autres religieux, nous avons des jardins spécieux ou habitons la campagne au milieu des bois. Si les Pères peuvent ainsi se déplacer, que doivent penser les Frères, qui vivent à côté d'eux ? Une sortie en famille ou pour leur métier leur est parfois accordée difficilement. Si les sorties fréquentes ne sont un bien pour aucun membre de la communauté, sera-ce un mal d'autoriser une sortie régulière en famille après la profession perpétuelle ? Ces sorties doivent être bien établies tant pour les Frères que pour les Pères et ne peuvent être conditionnées par les frais supportés par la famille ou les amis. N'oublions pas qu'actuellement, les familles des Frères connaissent les congés payés, les pèlerinages, les voyages, les billets gratuits etc... Quant aux sorties attitudes de "détente", qu'on ne les multiplie pas. Sont-elles si nécessaires, si le travail est plus équilibré physiquement et intellectuellement et si on utilisait ses bois et ses promenades ? Mabillon, --- Page 22 --- - 22 - au cours d'une crise de grande fatigue, fit le portier durant des mois et, outre le travail manuel de règle, il faisait chaque année en été du travail supplémentaire avec les novices. Nous visions chaque année toit et la même vie: une note générale doit être acceptée par tous bien que des exceptions seront requises pour certains: "alius sic, alius vero sic" et que ce soit vraiment "l'infirmitatum considératio" qui préside à ces dispenses afin que tous les membres de la famille soient en paix. 8. Réunion de toute la famille. monastique. Sous cette rubrique, trois espèces de réunion sont examinées. Les petites réunions des jours de fête : celles-ci ne seront bienfaisantes que si elles sont vraiment "une réunion" et ces réunions ne doivent pas être fréquentes. Tous doivent avoir à coeur de fusionner, sinon c'est pire. C'est un état d'esprit à créer. Plus la charité sera grande dans le monastère, plus les vocations seront nombreuses. Les réunions du chapitre : conférence du dimanche et des coulpes. On a beaucoup réduit les conférences du chapitre: tant celles du dimanche que celles des coulpes: elles pourraient être très bienfaisantes surtout pour une grande communauté. C'est le seul moyen de grouper la communauté et delui infuser "à petites doses" un esprit. Les accusations du chapitre, forcément très réduites, favorisaient cette simplicité d'âge et permettaient facilement au supérieur de mettre les choses au point. Pour les Frères comme pour les Pères, c'est important. A force de vouloir sans cesse gagner du temps, on finit par négliger des points de discipline qui protègent l'essentiel, c'est-à-dire le spirituel, la vie de communauté. Quand on lit les nombres chapitres disciplinaires de N.B.P., ne peut-on pas demander si on ne les néglige pas au grand domage de nos communautés et si cela ne rend pas l'exercice de l'autorité bien plus difficile. Ces réunions ne doivent pas être nécessairement de longs sermons, mais peuvent être courtes et bien enlevées, et en certaines circonstances, le supérieur peut y faire parler ses moines. Le grand bienfait de la lecture de table, de la lecture de Complies, de la conférence du supérieur ou d'un confrère délégué par lui, c'est que les âges vibrent en commun et réagissent les unes sur les autres parfois plus qu'en de longues récréations: cela atténue et brise l'individualisme. Les réunions capitulaires : cette question est certes une de celles qui heurte le plus les Frères et ne favorise pas les vocations. N'oublions pas qu'actuellement dans le monde, il y a les syndicats, les conseils d'entreprise, les élections etc... Le Frère, qui aura blanchi dans le cloftre, n'a rien à dire pour le choix de son abbé et pour les grandes questions qui intéressent son monastère: il ne l'apprendra qu'indirectement. La solution de cette question est très délicate et je ne voudrais pas la résoudre. Mais il me semble qu'on devrait l'étudier. Ne pourrait-on peut-être pas y apporter certains correctifs si on veut revaloriser la vocation des Frères et surtout préparer celles des moines non-prêtres. Que penser en relisant les chapitres de la Sainte Règle et de tant d'autres écrits sur "l'Unité" de la communauté monastèque. Ne pourrait-on pas autoriser de vieux frères à assister à certaines réunions capitulaires où on expose simplement une question et les solutions --- Page 23 --- - 23 - qu'on a proposées, en laissant la discussion à un groupe de moines, introduire une "pars senior", autoriser le chapitre aux prêtres et aux frères qui ont un certain nombre d'années de profession ? Ce ne sont que des suggestions, mais le problème doit être envisagé non pas pour les "Frères actuels", mais pour les Frères qu'on voudrait voir accourir. + + + CONCLUSION En terminant ces pages, peut-être un peu longues, j'ai essayé bien imparfaitement de soulever un peu le problème des Frères: lourd parce qu'il inclut certains problèmes des Pères. Il faut se convaincre que l'un ne peut être examiné sans l'autre. Il faut des concessions mutuelles, si l'on veut une compénétration toujours plus profonde pour favoriser les vocations. Les abbayes de la Pierre-qui-Vire et d'En-Calcat ont un nombre grandissant de Frères, mais la compénétration de la vie des Pères et des Frères y est toujours plus grande. Que ferait s. Benoit au XXe siècle ? D'aucuns diront: Revenons à la Règle. N'est-ce pas mieux de dire: inspirons-nous de la Règle? La question des Frères ne peut continuer à végéter; on ne peut devenir uniquement religion cléricale. Il faut donc progresser. Si des sacrifices sont à faire, il faut avoir le courage de les faire: Dieu les bénira et nous fera arriver à une meilleure solution pour le rayonnement de notre Ordre et le bien de la Sainte Eglise. J'espère humblement que ces pages seront lues, que d'heureuses décisions seront prises et je les accepte d'avance "cum moni humilitates subiectione ". Achevé d'imprimer en la fête de la PRESENTATION de Notre-Dame, 21 Novembre 1950 -