--- Page 1 --- 2023-11-02/906 0/74/a. Ce 26.8.'50 Benedictie Révérendissime Père, Notification nous a été donnée que le Chapitre Général de la Congrégation doit se réunir en décembre prochain. Je me permets de présenter à l'examen des Membres du Chapitre quelques considérations et suggestions qui me paraissent pouvoir servir au bien de la Congrégation. T.II. Second Noviciat : En observant en toute objectivité l'état spirituel de nos monastères et des moines en particulier, nous devons reconnaître que chez beaucoup règne une sorte de malaise, un peu de cette accida dont parlent les anciens. Il y a là une bonne part de neurasthénie assez facile à comprendre à notre époque, mais n'est-elle pas due en partie à une sorte de déséquilibre entre un idéal avec son principe très élevé, et la réalité du train-train journalier qui l'estompe terriblement ? Ajoutons à cela cette annie quasi chez chaque moine d'avoir "sa conception monastique" que l'on entretient soit par moyen de conversation, soit par conviction personnelle, soit par une attitude désabusée, soit précisément à cause de ce déséquilibre entre l'esprit monastique et la vie de nos monastères. Ceux-ci en effet se sont fortement laissés entraînés au-delà des limites de l'idée de saint Benoît. Disons-le crôment : nos monastères conservent la Règle avec les exigences liturgiques, conventuelles, et en même temps font tout ce que réalisent les autres Ordres et Congrégations, depuis le professeur de théologie jusqu'au reporter de congrès ; depuis la vie en cellule jusqu'aux camps de scouts, de routiers, en passant par les multiples déplacements qu'exigent la science, l'art, la liturgie, les problèmes missionnaires, sociaux, avec tout ce que cela comporte d'à côtés beaucoup moins monastiques. ..... --- Page 2 --- ..... 2. Or en voulant tout faire, tout entreprendre ne cesse-t-on pas un peu d'être ce que l'on doit être ?, des moines tout court mais tout d'une pièce, sans toutes ces barrières et accidents qui, qu'on le veuille ou non, dissipent terriblement et font perdre chez beaucoup le goût de la cellule sinon de la clôture, et puis, finaliter nous fait poser la question : "Mais en définitive que sommes- nous ?". Certes des hommes d'obéissance vivant sub Regula vel Abbate, et officina ubi operemur claustra sunt monasterii et stabilités. A force d'être employés ou employables ad omnia et un peu n'importe où, pour d'aucuns le centre de gravité de leur vie n'est plus tant la vie dans le monastère, mais toutes sortes d'occupations ou d'intérêts extra. Et cependant nous serons jugés un jour non pas tant sur ce que nous aurons fait mais sur ce que nous devions être. Ne voulant pas développer outre mesure ces considérations, j'ose soumettre à l'examen du Chapitre la www suggestion suivante : Puisque l'emsemble des moines de choeur est appelé à un travail bien souvent intensif et en dehors du monastère, ne serait-il pas heureux de donner à nos jeunes prêtres, sitôt la dernière année de théologie terminée, six mois de noviciat : j'entends une vie nettement orientée vers les choses strictement spirituelles monastiques, sous la direction d'un "Maître du 2e an" aptus ad lucrandas animas ! Ces mois seraient passés soit au monastère de profession, soit dans un des monastères de la Congrégation. Exercices communs pour jeunes prêtres, séparation d'avec les Pères et les clercs en dehors du choeur. Etude approfondie de la Règle, des traditions monastiques, de l'ascèse et de la mystique, lectures spécialisées pour chacun des Pères de l'Eglise. Mise au point encore plus précise pour ce qui regarde les voeux ; une plus grande mise en valeur des richesses liturgiques .... Tout cela pour former des moines qui savent mieux ce qu'ils veulent et qui sont plus décidés ..... --- Page 3 --- 3. à marcher de l'avant dans la voie de la sainteté. Saint-Maur avait quelque chose de semblable pour les jeunes prêtres, il me semble que nos jeunes eux aussi pourraient baucoup en profiter. En un mot : intensifier dans nos monastères la recherche consciente de la sainteté et non pas se contenter d'un par pieux et vague dilettantisme en matière de vie spirituelle. T. II. Visite canonique : Est-ce que nos visites canoniques donnent tout le résultat qu'on pourrait en attendre ? Sans vouloir en aucune façon dénigrer ce qui se fait et encore moins les autorités de la Congrégation, il me paraît assez manifeste que les visites canoniques n'apportent pas tout le fruit qui s'imposerait. Est-ce parce que les Pères Abbés veulent éviter des désaccords sur leur situation délicate entre eux ? Ne serait-il pas préférable que deux Visiteurs, tout à fait indépendants, soient nommés par le Chapitre pour procéder aux visites ? Ce devrait être deux moines de la Congrégation, jouissant d'une réelle considération dans le monastère, tant par leur vertu que par leur tact et leur expérience. Ils jouiraient de la juridiction "in actu visitationis". Les moines auraient toute latitude de leur exposer les problèmes concernant l'objet ordinaire des visites canoniques durant le temps de leur office. Il me semble qu'il y aurait avantage à ce système, car ces visiteurs auraient les mains plus libres. Il s'agirait évidemment de délimiter les frontières de leurs attributions. Comme ce système existe dans d'autres Congrégations O.S.B., ce mode ne serait pas inusité, et si l'on remonte à l'origine des visites canoniques on constate qu'après le Concile de Latran de 1215 et à l'origine des premières Congrégations le système des visites est compris de cette manière. .....