--- Page 1 --- + Il de Hatu spirituali et disciplinan Abbaye de Saint-André 2023-11-02/907 Mes Révérendissimes Pères, Mes Révérends Pères, Je me permets de soumettre au Chapitre Général quelques modifications que je crois souhaitables et qui concernent l'organisation des études de nos jeunes moines, principalement des clercs philosophes. Le but visé ici est de féaliser un ensemble plus harmonieux dans lequel la part faite à la formation spirituelle serait - pensons-nous, - plus importante et mieux en rapport avec celle donnée à l'étude des disciplines profanes. Il semble en effet que l'on sente plus en plus la nécessité de donner à notre jeunesse monastique des bases spirituelles plus solides qui lui permettront, quand elle sera engagée dans une vie où le moine est laissé un peu plus à lui-même, de mieux faire face aux exigences de sa vie religieuse. Nous donnons immédiatement ci-après le schéma de ce que nous proposons, avec la justification que nous croyons pouvoir en faire. 1. - Les postulants entreraient au monastère dans la première quinzaine de septembre (par exemple pour le 8 septembre). Il est à noter que cela ne raccourcirait pas leurs dernières vacances d'une façon indue car, actuellement, les cours de rhétorique sont toujours achevés pour la fin juin, alors que jadis ils cessaient le 31 juillet; de cette dernière date à la Saint Placide, il n'y auvait pas plus de temps qu'il n'y en aurait maintenant. On peut noter également que chez les PP. Jésuites, les Dominicains et les Prémontrés, sans compter toutes les Congrégations modernes, les dates d'entrée s'échelonnent du 15 août au 8 septembre. 2. - Ils feraient 6 semaines de postulat et entreraient au Noviciat vers le 20 octobre. a) Ce raccourcissement dans la toute première période --- Page 2 --- 2 de formation serait largement compensé, - croyons-nous, - par ce qui va suivre (cf 3). b) La cérémonie de la prise d'habit pourrait être supprimée ou réduite à une très simple expression (comme c'est le cas dans beaucoup de Congrégations bénédictines) et on éviterait le double emploi avec la cérémonie de l'entrée au noviciat qui prendrait mieux son vrai sens. c) Les postulants seraient assez longtemps avec les anciens novices (jusqu'au 20 octobre) pour en recevoir l'impulsion et les initiations nécessaires. Par ailleurs le chevauchement ne serait pas trop long et ainsi le Maître des novices n'aurait pas, durant trois mois, l'inconvénient de devoir donner sa conférence et son enseignement devant un auditoire très disparate. 3. - Les noviciat irait, par exemple, du 20 octobre (+ ou -) jusqu'à la profession triennale, à la même date. Après cela commenceraient immédiatement les trois années de voeux simples, qui coincideraient avec trois années de philosophie dont le programme élargi sera esquissé au n° 4. Durant ces trois ans, les clercs, restant au noviciat, y seraient soumis à un régime plus strict que les clercs théologiens (au point de vue discipline monastique, dépendance vis-à-vis des supérieurs, etc.). A la fin de ces 3 années, ils feraient la profession solennelle, qui serait en même temps le moment du passage en théologie. 4. - Le programme des études se répartissant sur trois ans devrait être élargi selon le schéma suivant : a) Le cursus de philosophie pourrait être prévu de telle façon que la matière soit vue d'une manière plus aérée et plus approfondie. On pourrait notamment envisager, pour les clercs plus capables, l'étude de certains auteurs philosophiques anciens. b) On intégrerait dans ces années une étude sérieuse d'auteurs latins et grecs (= cours de philologie). On pourrait très bien concevoir qu'une année on donnerait un cours de latin, l'autre année étant réservée au grec. Tout cela d'ailleurs pourrait être précisé si le principe était admis. c) On organiserait un programme de cours de formation monastique et liturgique que l'on pourrait, - grosso modo, - concevoir de la façon suivante : Cours d'introduction à la Ste Ecriture, Cours de liturgie (sur l'Office divin, le Bréviaire, les Psaumes, etc.), Cours d'histoire et de spiritualité monastique, etc. --- Page 3 --- 3 A ce sujet on voudrait faire remarquer : 1. - De tels cours ne feraient pas double emploi avec l'enseignement du noviciat, car celui-ci est conçu pour assurer aux novices une formation spirituelleet monastique de base, mais ne s'adresse pas à un auditoire qui pourrait déjà élaborer et développer une doctrine spirituelle très suivie. Tout le monde admettra par exemple que même si les novices ont reçu un enseignement, sur les psaumes ou sur l'histoire monastique (assez soigné, il n'en reste pas moins certain qu'il faudra reprendre et développer tout cela d'une manière plus largeet plus profonde, et cela en tenant compte du degré spirituel et même intellectuel auquel ils sont arrivés après 2 ou 3 ans de vie monastique. 2. - Cet enseignement ne ferait pas non plus double emploi avec la théologie, car il prendrait un aspect directement orienté vers la vie spirituelle du jeune moine, et cela à une époque où la crise de croissance monastique requiert de toute nécessité que la part faite aux enseignements religieux et spirituels soit nettement développée. 3. - Les clercs étant pris dans un cycle d'études, nous croyons que les connaissances spirituelles doivent lui être données sous forme de cours qu'ils puissent étudier et approfondir, afin d'en assurer le caractère suffisament sérieux et efficace. C'est pour cela qu'il faut reconnaître que des conférences spirituelles même multipliées ne pourraient avoir le même résultat. Celles-ci restent évidemment très nécessaires, mais ne peuvent être beaucoup plus que des exhortations ou des éclaircissements portant sur des points occasionnels. C'est dans le prolongement de cet enseignement que chacun pourra alors étudier et approfondir par lui-même, en le faisant dans une ligne qui serait alors suffisament contrôlée. 4. - Ces cours ne devraient pas être surchargés. Une année on pourrait donner jun enseignement scripturaire, tandisque qu'une autre année, on donnerait, par exemple, un enseignement monastique. 5. - En groupant les cours, aussi, on aurait des auditoires plus nombreux, puisque constitués par trois années, et non des auditoires squelettiques, comme c'est le cas pour le cours de philologie, (là où on le donne!). 6. - Il est intéressant de noter que les PP. Jésuites et Dominicains se sont inquiétés du même problème, et qu'en France notamment les Dominicains ont estimés indispensable de commencer un cours d'Ecriture Sainte durant les années de philosophie. --- Page 4 --- 4 Conclusion Nous croyons que ces médifications aideraient quelque peu à atteindre le but poursuivi partout de donner à nos moines un goût plus assuré pour la lection divina, pour l'Office divin, en même temps que de les rendre mieux aguerris contre la tendance laiciste et naturaliste qui restera leur grand écueil. Dom Jean Delacroix, maître des novices, prieur. »»»