--- Page 1 --- 2023-11-04/109 2. Cependant, dans la réalité concrète, ces évidences abstraites se hourtent à des conditions réelles qui en détruisent la valeur. Ie. En ce qui concerne le Corps Professoral d'abord, l'expérience a montré que nos trois monastères ne forent vraiment le sacrifice d'hommes de valeur au profit d'un Studium Commune que si celui-ci intéresse vitalement l'un d'entre eux. Ce sera donc toujours le monastère chargé d'organiser ce "studium qui pratiquement fournira la grande majorité des professeurs. On dit valontieraidans le cléricat particulier, si un des professeurs vient à disparaître, soit par maladie ou par changement de charge, on n'a personne pour le remplacer, tandis qu'un cléricat commun, on peut puiser dans les trois abbayes. Or en fait, l'expérience a montré que seule l'abbaye qui croit avoir pratiquement la responsabilité du cléricat commun se préoccupe de former des professeurs, tandis que les autres abbayes n'en forment plus, et c'est d'ailleurs, on va le poir, un grand domage pour elles. D'autre part, il est évident que chacun de nos monastères doit être à même d'équiper un cléricat de valeur. Les objections faites de ce point de vue su cléricat privé valent pour de petits monastères. Mais peut-on raisonnablement soutenir que de grandes abbayes comme le Mont-Cesar, Saint-André et Maredsous, célèbres par leur rayonnement intellectuel, spirituel et théologique, qui ont la direction de Revues importantes, ne sont pas dans l'obligation grave d'avoir d'une facon permanente à descrire un ou de l'obligation grave d'avoir d'une facon monastère et un moralité ? Il faut dans dans l'obligation, car si jamais ces personnalités venaient à manquer, il est évident que ces monastères viendraient à déchoir non seulement sur le plan du rayonnement extérieur, mais encore et surtout sur le plan intérieur. Ce sont ces intellectuels qualifiés qui doivent, fortement encastrés dans le cadre de leur monastère, contribuer le plus fortement à le maintenir dans la ligne et à la hauteur de notre spiritualité et d'un rayonnement de qualité. Or, comment exerceront-ils pratiquement ce rôle s'ils n'ont pas de fonction sociale définie. ? Cette fonction ne peut être que la formation dans leur rope monastère, des jeunes esprits qu'ils surtout plus tard à encourager et à maintenir par leur influence soutenue, ou point névralgique de la vie intellectuelle de leur abbaye. L'expérience ici encore l'a montré : c'est à partir du moment qu'le cléricat particulier s'est installé à Saint-André et à Maredsous pour la théologie que s'est dessiné dans ces abbayes un plus grand interêt pour les hautes études philosophiques et théologiques (auparavent on s'y livrait presqu'exclusivement aux études d'ordre littéraire ou d'éradition historique et à l'apostolat). Et cette orientation nouvelle de ces monastères a largement contribué et contribuera encore davantage, dans l'avenir, à l'aurichissement de leur vrai patrimoine monastique et à leur influence dans le domaine de la pensée chrétienne. C'est à ce moment aussi que ces monastères ont surtout commencé à envoyer certains de leurs moines aux Universités pour y prendre les grades en philosophie et dans les diverses sciences religieuses. --- Page 2 --- 3. Et d'ailleurs actuellement, on doit reconnaître le sérieux et la valeur réelle du Corps Professoral des cléricats privés de Saint-André et de Maredsous. Pour no parler que de ce denier, on peut invoquer en tout cas en sa faveur comme critère objectif le témoignage ensemble unanime des jeunes moines qui y ont fait leurs études théologiques et ont ensuite fréquenté diverses Universités: ils déclarent qu'ils ne s'y sont sentis nullement dépaysés, mais qu'au contraire l'enseignement qui leur avait été donné à Maredsous les préparait à assimiler parfaitement les cours universitaires. En conclusion, loin de s'appauvrir en éparpillant ses ressources en hommes par le fait d'assumer elle-même la lourde charge de la formation intellectuelle de ses moines, chaque abbaye s'enrichit au contraire de la valorisation de ceux qui en ont reçu le mandat. 2o. L'émulation intellectuelle des clercs. On dit: plus les clercs sont nombreux, plus entre eux s'excite l'émulation. Cette objection, comme la précédente, vant surtout pour de petits monastères. D'ailleurs l'expérience de n'importe quel professeur prouve qu'il est matériellement impossible de suivre très régulièrement plus de 20 élèves. Dès que ce nombre est dépassé, les professeurs est matériellement obligé de prendre l'attitude dite universitaire". Il donne son cours, accueille les meilleurs élèves, évite les travaux d'ensemble qui imposent de fastidieuses corrections, recherche au contraire les travaux de séminaire qui permettent le choix d'une élite. Si donc nous voulons assurer à tous nos jeunes une formation profonde mais pénérale et non spécialisée, il ne faut pas surcharger les professeurs. Il faut que le contact constant de chaque élève avec chaque professeur soit non seulement possible, mais ranisé. Car c'est par un contact humain et familier que l'influence journalière du professeur sous le contraire des jeunes moines de l'institut de la professeur pénétrera et s'avérera professeur pénétrera et s'avérera capable de transformer les éléments les plus ingrats, qui, livrés à eux-mêmes dans la masse d'un cléricat démesuré analogue aux séminaires, se seraient vite découragés. Seul, le Cléricat séparé est le milieu apte à cette oeuvre de détail, d'attention délicate et de sollicitude simante. Et d'ailleurs les professeurs, même avec les intelligences les plus réceptives seront toujours paralysés par la crainte, vis à vis des abbès, de paraître vouloir orienter eux-mêmes l'avenir de ces jeunes moines. Autrement dit, le Cléricat commun doit pratiquement évoluer soit vers la formule universitaire aux études spécialisées proportionnées à une élite intellectuelle, soit vers la formule des Séminaires où la masse maintient les études à un niveau trop médicere pour nous. 3o. Les occupations extérieures. On objecte: dans leur propre monastère, les clercs sont toujours exposés à être entraînés dans des occupations qui les arrachent à --- Page 3 --- 4 leurs études. Sur ce point, une législation du Chapitre Général, soumise à la surveillance vigilante du Recteur général et des Recteurs particuliers, suffirait à contrebalancer le danger. Ce danger d'ailleurs n'est, il faut bien le dire, que relatif. Il se limite à certains éléments. Et d'autre part, il existe tout autant quoique sous une autre forme, plus grave peut-être, dans le Studium Commune. Ces mêmes éléments peu enclins aux études, profitent de la liberté qui leur est laissée, loin de leur monastère, sinsi noyés dans la masse, pour s'organiser des "loisirs" qui n'offrent même pas l'avantage d'être un service commandé. Bien des plis invétérés se sont contractés de la sorte. En conclusion, dans la réalité concrète de nos trois monastères, la formule du cléricat séparé n'est néanseulement pas inférieure à celle du cléricat commun, mais lui est plutôt supérieure, même du seul point de vue des études. II. Le Studium Generale et la formation monastique des cleres. Le point de vue des études est presque toujours le seul envisagé. Mais le point capital et trop souvent négligé est celui de la formation intégrale des jeunes moines. Il faut ici déclarer catégoriquement que par définition, étant donné la constitution de nos monastères, un cléricat commun est incapable de l'assurer. Entre 20 et 25 ans, se forme la personnalité. C'est l'époque critique pour tout homme, mais surtout pour le jeune moine. Te grand, le profond regret de tous les jeunes, lorsqu'ils pensent à cette époque de leur vie est de s'être trouvés seuls pour vivre ces heures difficiles. Il ne s'assit pas seulement de petits problèmes moraux ou intellectuels de détail. Il s'assit de cesser de voir en enfant pour vivre en homme, de regarder la vie monastique en face avec une conscience forte et claire du chemin à parcourir, des obstacles, des soutiens, des normes à suivre. En un mot, il s'assit de recevoir une formation positive, cohérente, persévérante, énergique. Et il s'assit que cette formation s'intègre tout: études et vie morale, cadre monastique et aspirations humaines. Cette formation, personne ne peut la donner en dehors du Monastère auquel chaque moine appartient. On prend l'asprit de famille en famille. C'est un fait psychologique qu'aucun Recteur, aucun Préfet des cleres d'un Studium Commune ne pourra assumer cette tâche efficacement. Tout cela se peut exister qu'entre moines du même monastère. Un préfet "général" se verra toujours paralysé dans son action sur des cleres étrangers, par l'ignorance pratique où il est de l'esprit particulier de chaque monastère, par la crainte de fausser les directives antérieurement reques par les cleres dans leur monastère, ou de les induire en des voies qui ne pourrent pas être les leurs. Et de son côté, le clere pourra jamais avoir, vis-à-vis d'un préfet étranger, cette nuance de confiance qui est indispensable pour une direction efficace, quand bien même la personnalité de ce Préfet forcerait l'admiration et la sympathie de tous. --- Page 4 --- 5 Il importe d'y insister : cette carence ne provient nullement d'incapacité ou de mauvais vouloir, mais cela provient de la nature même du Supériorat dansun monastère bénéductin. Tout Supérieur en déhors de la famille monastique prend un caractère artificiel, et fatalement les clercs sont tentés de recourir directement à leur propre Supérieur, lequel se montre satisfait de constater chez ses clercs qu'il en fut souvent ainsi. Et c'est souverainement déplaisant pour le Préfet des clercs, et d'ailleurs déformant pour les clercs eux-mêmes qui s'habituent à ne pas respecter un Supérieur. Ces réalités ne tombent pas sous l'évidence "mathématique" mais relèvent plutôt de l'esprit de "finesse". Cependant, ces réalités sont graves et décisives. En pratique, un cléricat commun offrira toujours les plus graves inconvénients à cepoint de vue. Seul, le cléricat séparé est à même de former aux jeunes moins, en cette période critique de leur vie, la formation dont dépendra toute leur vie. - Seul, chaque monastère est à même d'assumer cette tâche, car c'est là seulement que se rencontrent la communauté d'esprit, la continuité de vues, la sollicitude constante qu'assurent l'identité de corps social et l'appui de l'Abbé. Par le cléricat séparé, seulement, il sera possible également d'assurer à chaque moine, après sa sortie du cléricat, la tâche qui est la plus conforme à ses aptitudes. - Lorsque le jeune prêtre revient du Studium Commune, il ignore à peu près tout de son monastère, qui le connaît moins encore. - Par son cléricat, au contraire, chaque Abbé dispose d'officiers qu'il tient bien en mains et qui sont à tout instant en mesure de le renseigner exactement sur les qualités, les lacunes, l'évolution de chacun de ses jeunes. Il est aussi mieux à même de les utiliser en conformité avec les besoins réels de son monastère, et de leur côté, les jeunes s'adaptent bien plus vite à un milieu qu'ils connaissent déjà plus concrètement. Il faut enfin souligner que seul le cléricat séparé permet au Corps professoral de prolonger son influence sur les anciens étudiants, en soutenant l'amour de la Bible et de la théologie qu'ils leur ont insuffié et en encourageant leurs efforts pour en poursuivre l'étude au milieu de leurs occupations. III Le Studium Generale et l'esprit de notre Congrégation. Le grand argument en faveur du Cléricat Commun est évidemment la valeur des études. On fait valoir aussi, néanmoins, un argument d'ordre constitutionnel : la nécessité de donner plus de cohésion à notre Congrégation. Tout le monde sera sans doute d'accord pour souhaiter cette cohésion. Encore faudrait-il déterminer une bonne fois le plan exact où elle doit s'opérer, et juger de l'opportunité du moyen proposé. Si ce moyen s'avère misible à la vie propre de chaque monastère, faudrait-il préférer l'intérêt présumé de la Congrégation ? --- Page 5 --- 6 Tout d'abord, il faut définir le point exact d'union souhaitable dans les Congrégations. On pense bien qu'il n'est pas question d'un nivellement, ni même d'une collaboration etroite et consistante dans nos activités, à la manière des Mauristes, mais plutôt d'une Confédération tendant à maintenir un contrôle et à assurer une fidélité à notre formule monastique. L'esprit familial et l'autonomie de nos monastères sont fondamentales et forment l'élément le plus traditionnel de la conception issue de S. Benoît. On comprendrait très bien un Cléricat commun, s'il était question de transformer nos abbayes en trois "maisons" d'une même congrégation, avec esprit identique, ocuvres uniques, direction centrale poussée. Mais s'il ne s'agit que de favoriser des échâges fraternels, d'abbaye à abbaye, tout en respectant l'individualité de chacune, il se semble essentiellement que le Cléricat commun fera et a, en effet, fait plus de tort que de bien. L'expérience est là, en effet, pour montrer que les longues années de Cléricat commun n'ont créé entre nos monastères aucun lien réel. Nous avons tous contracté sur les bancs du Mont-César de profondes et excellentes amitiés avec des moines des autres monastères. Mais il n'en est resté régulièrement que le regret de se trouver dans l'impossibilité pratique de les entretenir par la suite, voire de "suivre" ces amis d'antan. Il n'est aucune ocuvre commune, aucune collaboration, aucune compréhension même qui soit née de ces relations. Le cléricat commun comme moyen de cohésion paraît donc inefficace. Peut-être a-t-il même été positivement nuisible. Car, à côté de ces amitiés individuelles, il y a eu les heurts des esprits chauvins, l'opposition des manières de voir, rendus plus pénible par le nivellement forcé d'un cléricat. L'esprit critique et mesquin a trouvé là un aliment. Des monastères voisins, on n'a vu souvent que les petits côtés, par suite de cette loi psychologique bien humaine qui nous fait voirsous un jour plus sévère ce que nous sommes chligés de regarder En conclusion : Le problème du Cléricat commun doit se poser sur le plan théorique des études, mais aussi et surtout sur un plan plus profond et spécifiquement monastique : celui des rapports de l'autonomie de chaque monastère avec la Congrégation. Toutes les difficultés issues du Cléricat commun se ramènent toujours à cela : on n'acquiett l'esprit de famille qu'en famille. Or, chez nous, où est la famille ? Si l'on veut céder à la tendance centralisatrice en vue d'un meilleur rendement, le Cléricat commun est tout indiqué. Mais alors, il faut niveller nos monastères et imiter une Constitution dans le genre Mauriste. Si au contraire, on veut sauvegarder l'autonomie familiale de chaque monastère, il faut lui laisser le droit de former entièrement ses membres selon son orientation propre. Nos Constitutions offrent à ce point de vue une solution hybride et contradictoire ; en voulant cumuler, par le Cléricat commun, les avantages de la centralisation moderne et l'autonomie de chaque monastère, il semble bien que ce ne soient seulement les inconvénients des deux formules qui soient additionnées. --- Page 6 --- 7 En pratique, il y surait bien d'autres solutions que le Cléricat commun pour assurer plus efficacement la cohésion de notre Congrégation. Des échanges de cleres en vacances, par exemple, feraient beaucoup plus d'effet, sans avoir les inconvénients du Cléricat commun. On sent ici qu'il y va de l'intérêt le plus grave de nos monastères que les jeunes théologiens reçoivent chez eux cette formation décisive et profonde qui seule pourra les enraciner dans leur vraie famille. --- Page 7 --- 7 bisLE PROBLEME DU CLERICAT (Complèment au rapport présenté au Chapitre général de 1950) I. Un des principaux arguments des adversaires des Cléricats particuliers, c'est que ce régime pourrait, faute de contrôle et d'organisation, être préjudiciable à la régularité et au progrès des études cléricales dans chaque monastère, études qui sont de la plus grande importance pour le bien commun de la Congrégation. La valeur de cet argument ne doit pas être exagérée. L'inconvénient redouté peut facilement être rendu impossible par un contrôle suivi exercé par le Recteur général des Etudes. Et l'on pourrait aussi, si le Chapitre général le juge opportun, instaurer un Directoire des Etudes, présidé par le Recteur général. Ce Directoire serait chargé de veiller au bon fonctionnement des Cléricats particuliers et de surveiller leurs programmes, le régime des études, le sérieux des examens, etc. Il pourrait et devrait notamment s'opposer à ce que soient nommés, dans les divers Cléricats, des professeurs improvisés ou manquant d'expérience, et à ce que soient imposées aux professeurs ou aux élèves des charges ou des occupations susceptibles de nuire à la préparation des cours ou à l'étude (cf. can. 589, § 2: "Studiorum tempore magistris et alumnis officia ne imponantur quae a studio eos avocent vel scholam quoquo modo impedient"). La visite des Cléricats serait faite régulièrement par le Recteur général, auquel seraient accordés des pouvoirs étendus pour faire observer les prescriptions du Directoire. Nous aurions ainsi les garanties et les exantages avantages que peut donner la centralisation souhaitée par le Droit, tout en évitant les inconvénients qu'aurait pour exit nos monastères une centralisation non adaptée à l'esprit et à l'organisation de notre Congrégation; et nous satisferions, de la manière la plus convenable pour nous, à l'esprit des exigences de nos Constitutions. II. Personne ne peut nier qu'un Cléricat particulier soit beaucoup plus favorable qu'un Cléricat commun à la formation d'équipes de moines collaborant à une même ceuvre scientifique. Un Cléricat particulier donne aux professeurs le moyen de discerner les capacités de leurs élèves, de les développer dans le sens voulu, et d'établir avec eux un contact qu'il sera facile de maintenir par la suite pour la collaboration à l'ceuvre scientifique commune. Presque tous nos travailleurs intellectuels d'aujourd'hui sont des isolés. Ils ont fait leur Cléricat sous la direction de professeurs qu'ils ne devaient plus revoir après leurs études; et, s'ils sont allés aux Universités, ils en sont revenus avec une formation qui n'a pas trouvé d'écho dans leur monastère. Ils n'ont eu d'autre ressource que de faire leur trouée individuelle. Avec le régime du Cléricat particulier, ils retrouveront les professeurs qui les ont dirigés durant les premières années de leurs études, les ont orientés vers les spécialisations souhaitables, et les attendent pour collaborer avec eux à quelque ceuvre scientifique commune, qui sera partie intégrante de la vie intellectuelle du monastère.