--- Page 1 --- LES ÉTUDES ET LE PROBLEME DU CLÉRICAT . (Rapport présenté au Chapitre Général de 1950) Mes Révérendissimes Pères Le dernier Chapitre Général prévoyait, au n° 19 de ses Statuts, la création d'une commission des études, destinée à étudier le problème de la reprise du cléricat commun de théologie. La direction en était confiée au Recteur Général des études de la Congrégation. Responsable de cette charge depuis le dernier Chapitre Général, i'ai pris plusieurs fois contact, à partir de 1947, avec les différents Recteurs des "Studia" particuliers. Ces entretiens ont-ils été féconds? Je n'oserais pas l'affirmer. Mais je voudrais cependant faire rapport au Chapitre Général des impressions que m'ont laissées ces entrevues, en même temps que des constatations et des réflexions que i'ai pu faire personnellement sur l'état actuel des études théologiques dans les trois monastères belges de notre Congrégation et leur organisation dans les "Studia" particuliers. Qu'en m'excuse si mon devoir de Recteur m'oblige à citer des faits concrets, accusante telle ou telle lacune dans l'organisation des études. Ce rapport ne veut être la condamnation de rien ni de personne. DIVISION DE CE RAPPORT. I. Organisation générale des études dans les "Studia" particuliers. II. Inconvénients qui en résultent. III. Appréciation de certaines critiques formulées contre le Studium Generale. IV Grandeur et misère du Rectorat Général des études. Conclusion. I. Organisation générale des études dans les "Studia" particuliers. II y a actuellement dans les monastères belges de la Congrégation deux cléricats de théologie, respectivement à l'abbaye de Maredsous et à celle de St André. L'abbaye du Mont-César ne possède pas pour le moment de "Studium" de théologie; elle envoie/ses clercs suivre les cours chez les Pères Jésuites. --- Page 2 --- A. Corps professoraux (tels qu'ils ont existé en 1949-1950). 1. A Maredsous: Recteur du Cléricat: D. Bernard de Géradon Dogme: D. Gisbert Ghysens D. Irénée Fransen, docteur en théologie (Lyon) Morale: D. Bernard de Géradon, docteur en droit civil et en phil. thomiste (Louvain) D. Lambert Feuillet. Reriture Sainte: D. Célestin Charlier Droit Canon: D. Remy Reul (licencié en théologie S. Anselme) Patrologie: D. Irénée Fransen. D. Olivier Rousseau Liturgie: D. Adrien Nacent. Hébreu: D. Irénée Fransen. Homilétique: D. Etienne de Brouwer D. Bernard de Géradon. 2. A St André: Recteur du Cléricat: D. Arnold Storms. Dogme: D. Emmanuel de Meester, docteur en théol. (S. Anselme) D. Théodore Ghesquière, docteur en théol. (Louvain) Morale: D. Arnold Storms. Reriture Sainte: N. T.: D. Jacques Dupont, maître en théol. (Louvain) licen- cié en sc. bibl. (Rome) licen- cié en sc. phil. or. (Louvain) D. Arnold Storms A. T. D. Arnold Storms Droit Canon: D. Laurent van den Mensbrugghe Liturgie: D. Théodore Ghesquière. Patrologie: D. Théodore Ghesquière. Pastorale: D. Walter Willems. D. Répartition des heures de cours (1949-1950) 1. A Maredsous: 6 h pour le dogme, 5 h. pour l'Ecriture Ste, 2 h. pour la morale, 2 H. pour le droit canon 1 h. pour chacun des cours suivants: patrologie, liturgie, hébreu, homilétique. En tout, 19 h. de cours par semaine. --- Page 3 --- 2. A St André: 5h pour le dogme, 4h pour la morale, 3h pour l'Ecriture Sainte, 3h pour le droit canon, Ih pour la patrologie, Ih pour la liturgie, I/2 h. pour la Pastorale. En tout, I7 h. \frac{1}{2} de cours par semaine. C. Travaux et examens. i. A Maredsous On exige des élèves: a) chaque trimestre, un travail personnel important (dix à quinze pages) sur les matières du dogme et d'écriture gainte.b) chaque semestre, un travail sur la patrologie et la liturgie. Les examens oraux et écrits sont semestriels pour le dogme, la morale et le droit canon. En Ecriture sainte, il n'y a qu'un seul examen oral (le travail personnel du trimestre et le cahier de Bible servant d'examen écrit). Dans les autres branches, les travaux comptent comme examen. 2. A St André: Travaux variés. En 1949-1950, il y a eu deux séminaires de dogme et des recherches guidées dans les textes du N.T. D. Effectifs des élèves. i. A Maredsous: sept élèves en 1949-1950, quatre en 1950-1951.2. A St André: environ vingt-cinq élèves en 1950-1955.3; A Louvain: quatre élèves suivent les cours chez les Jésuites. E. Remarques à faire sut l'organisation susdite. I. Le canon 1366, 3° est ainsi libellé: "Curandum ut saltem sacrae Scripturae, theologiae dogmaticae, theologiae moralis et historiae ecclesiasticae, totidem habeantur distincti magistri". Je ne crois pas que ce canon soit actuellement observé à St André. Le devoir de son application vient d'être rappelé dans la dernière instruction de la Commission Biblique (Acta Apost. Sedis, 22 Julii-3 Augusti 1950, p. 497). 2. Dans la même instruction, la Commission Biblique rappelle aux Evêques et aux Supérieurs généraux des Ordres et Congrégations religieuses une ordonnance de S.S. Pie XI: "ne quis Sacrarium Litterarum in Seminariis magister sit, nisi confecto peculiari eiusdem disciplinae curriculo, gradus academicos apud Commissionem Biblicam vel Institutum Biblicum adeptus legitime sit". (p. 497) --- Page 4 --- Cette directive ne vaut maintenant que pour les séminaires; mais, étant donné la direction du vent soufflant actuellement à Rome, on peut craindre que les professeurs d'Ecriture sainte dans les cléricats religieux ne soient soumis un jour à la même obligation. 3. Les corps professoraux, indiqués ci-dessus, ont enseigné durant l'année 1949-1950, tant à Maredsous qu'à Saint-André. Je signale ici que dom Remy Reul, professeur de droit canon au Cléricat de Maredsous, a du interrompre ses lecons pour motif de santé pendant plusieurs semaines au cours du IIIème trimestre et n'a pu être remplacé. Actuellement dom Célestin Charlièr, professeur d'Ecriture Sainte au même Cléricat, a du pour la même raison syspendre son enseignement. Il a reçu comme suppléants dem Irénée Fransen et dem Dominique de Trunne. 4. Je remarque tant à Maredsous qu'à Saint-André, l'accumulation de plusieurs cours sur certains professeurs. Qu'on me permette également d'ajouter que plusieurs professeurs ont, en plus de leur enseignement en théologie, d'autres fonctions absorbantes dans différents départements de leur monastère respectif: au cléricat de philosophie, à l'école abbatiale, dans l'administration de l'abbaye, etc. Cette surcharge ne peut que mire à la liberté d'esprit nécessaire à la préparation des cours et au temps qu'un professeur doit normalement consacrer au contact avec les élèves. 5. J'ai l'impression que le temps consacré à la morale à Maredsous est insuffisant et qu'à Saint-André, il y a trop peu d'heures dévolues à l'étude du dogme. 6. Les travaux personnels des élèves me paraissent trop peu poussés à Saint-André. A mon humble avis, ils ne sont ni essez nombreux, ni suffisamment approfondis. Le régime d'examens semestriels est-il recommandable dans un cours mineur de théologie, où la majorité des élèves se situent dans une honnête moyenne et se doivent encore de mémoriser une somme de principes et de thèses qui constitueront l'essentiel de leur bagage théologique dans leur vie monastique. 7. Je relève le petit nombre d'élèves au Cléricat de Maredsous cette année-ci et l'année précédente. Il y a en professeurs pour sept élèves en 1949-1950. Aujourd'hui, il n'y a plus que quatre élèves. Cette année (1950-1951) de je de nouveau tins heurs de morale. --- Page 5 --- II. Inconvénients qui résultent dev cette organisation. Les constatations faites ci-dessus, m'amènent à élargir le débat et à l'étendre jusqu'à l'examen comparatif de la valeur respective de la formule des cléricats séparés et de celle, au-jourd'hui abandonnée, du Cléricat commun7. Des contacts que j'ai pu prendre avec les cléricats de théologie, tout espacés et superficiels qu'ils aient été au cours de ces quatre dernières années, il ressort que les études sont sérieuses et que les/professeurs se donnent avec coeur à leur métier. Il reste cependant que la formule des cléricats séparés présentent de notables inconvénients, qui/maisent, me semble-t-il, à la qualité des études surtout, et à l'atmosphère de recueillement et de tranquillité où normalement elles doivent s'accomplir, tant pour les professeurs que pour les élèves. Faut-il reprendre ici la discussion sur les avantages et inconvénients respectifs du cléricat commun et des cléricats séparés? Je ne le pense pas, car l'essentiel a été dit à ce propos dans les rapports adressés au Chapitre Général de 1946 par le Rme Père Abbé Dom Bernard Capelle et le R. Père Dom Bernard Botte. Je voudrais ici souligner simplement qu'une question des défauts inhérents à la formule des "Studia" particuliers, défauts dont l'existence se révèle précisément dans les/réalisations concrètes de cléricats séparés qui se font à Maredsous et à Saint-André. Ce sont là entretant autant de points qu'il faudra prendre en considération, le jour où l'on recommencera l'étude du problème Cléricat Commun-Cléricats séparés. Car les/temps ne me paraissent pas encore révolus ni la question suffisamment mûre pour qu'on puisse maintenant chercher sereinement et découvrir en toute sécurité la solution idéale. N'oublions pas cependant que le temps travaille contre la formule du cléricat commun. On s'habitue en effet à l'état de choses existant; on se contente de la formule des cléricats séparés, qui, à égalité de bons résultats avec le cléricat commun, reste à tout prendre, plus facile à organiser qu'un Studium Genérale; enfin, on se rend compte qu'il n'est pas aisé de remettre en --- Page 6 --- II. Inconvenience and testament maintenant queu reur eel seinimes seinimes cette directiven vant --- Page 7 --- marche, une fois qu'elle a cessé de functionner, une institution ennemme à plusieurs monastères, étant donné la puissance des forces décentralisatrices dans les monastères bénédictins. Voici les inconvénients que j'ai le devoir de signaler et qui sont mis en évidence, en grande partie par les remarques faites plus haut: L'a formule des cléricats séparés ne respecte ni la lettre ni l'ésprit des Constitutions. Le permission donnée par l'ons pour établir ces cléricats n'est que temporaire. Si l'on veut prolonger indéfiniment la situation actuelle, mieux vaut, as semble-t-il, en evertir l'ons et lui demander en ce sens modification de nos Constitutions. Je doute copendant que l'ons y consente. 2e a formule des cléricats séparés est functe à l'ésprit de l'attention qui doit exister entre les différents monastères d'une même congrégation. Actuellement les moines de nos trois abbayes belges ne se commiseant plus. Marodons est devenu pour le Mont-César et St André un monastère presque sussi étranger que Solesmes en France. Chaque abbaye vit repliée sur elle-même. Abbaye / Abbaye Je sais qu'il faut respecter l'autonomie de chaque maison bénédictine. Mais qui dit autonomie, ne dit pas indépendance et encore moins isolément. Or c'est à l'isolément que nous tendons, dont il résultera pour sons un déplorable esprit de clocher et une étroitesse d'herison fort peu intéressante. Le cléricat commen persetteit en contraire aux jeunes moines de se connaître, de c'astiner, de comparer en les respectant leurs conceptions de la vie monastique et leurs aspirations, de créer ainsi un esprit de congrégation. Il s'ensuiveit un enrichissement de la personnelité, tant par la constatation des différence, toutes légitimes d'ailleurs, que par la découverte des similitudes, qui donnaient aux jeunes moines la conscience réconfertante d'être une force spirituelle considérable dans la sainte Relise de Pien. Les leçons de l'histoire sont là pour nous instruire. Allons-nous les ignorer? à partir du XV siècle, nous exprend dom Philibert Schuitz dans son "Histoire de l'Ordre bénédictin", les périodes de renaissance monastique coincident presque toutes avec les --- Page 8 --- groupements des monastères en Congrégations (Ste Justine, les Mauristes, Bursfeld etc.). Une des premières mesures prises la plupart du temps par ces Congrégations, c'est l'établissement d'une maison d'études commune, parce qu'on la considère comme l'un des meilleurs moyens d'assurer la vie et la cohésion des Congrégations et partant celles du monachisme lui-même. 3° La formule des cléricats séparés provoque une dispersion des forces vraiment désolante. Il y a actuellement deux corps professoraux (en tout quinze professeurs) pour une moyenne annuelle de trente-cinq à quarante étudiants. Le jour ou le Mont-César reprendra chez lui ses clercs pour les instruire, nous aurons trois séries de professeurs avec un maximum de quarante-cinq étudiants. Il me semble qu'il y a là un déséquilibre regrettable, qui s'accuse encore damnantage, quand on considère les chiffres de Maredsous pour cette année 1950-1951; neuf professeurs et quatre élèves. quels sont les résultats de cette dispersion des forces ? a) une déperdition considérable de nos efforts. b) une diminution de la qualité des professeurs (Je parle en général) c) une très grosse difficulté pour une abbaye, même si elle compte environ cent moines prêtres, à établit et à maintenir un corps professoral d'élite, composé d'une dizaine de professeurs. Pourtant nos grandes traditions d'ordre intellectuel exigent que nos cléricats soient à la hauteur de ceux des Jésuites et des Dominicains. Ce nous serait sans doute possible, si nous n'avions comme oeuvre que le Studium de théologie. Mais il y a dans chacune de nos abbayes beaucoup d'autres champs d'activité, tels que cléricats de philosophie, écoles, revues, etc., qu'il nous faut organiser et entretenir le mieux possible. d) une diminution du bon esprit d'émulation, par suite de la réduction de l'effectif des élèves. Peut-on espérer rencontrer cette saine --- Page 9 --- rivalité dans un auditoire comprenant de cinq à dix étudiants. Enfin remarquons que cette tendance à la dispersion des forces, à la décentralisation que constitue l'établissement des cléricats séparés est en opposition totale avec le mouvement de la société contemporaine, complètement orienté vers la concentration des forces et le travail en commun. Ce mouvement se manifeste dans tous les domaines de l'activité civile, qu'elle soit politique, militaire, sociale et économique, à l'échelon national comme sur le plan international. Pouvons-nous croire que la société religieuse, ou seulement monastique, puisse échapper à cette loi, caractéristique de la civilisation actuelle? Nous ne sommes plus au Moyen-Age, ou l'on vivait dans un monde indéfiniment morcelé, sans aspiration vers l'unité. Si nous voulons que nos monastères aient de l'influence et du rayonnement, il leur faut, non pas renoncer à la vie de famille, caractéristique de la maison bénédictine, mais nous aider fraternellement dans certaines tâches et activités, comme l'organisation des études, tâches qui dépassent aujourd'hui les forces et les capacités d'une seule abbaye, si puissante qu'elle soit par ailleurs. 4° La formule des cléricats séparés pâtit ordinairement de maux très préjudiciables à la valeur des études. a) C'est d'abord l'instabilité du corps professoral. Ce mal n'est pas théorique; il est bien réel et se manifeste souvent, en dépit de la bonne volenté que mettent les Abbés à empêcher son apparition. b) C'est ensuite, et plus fréquemment encore que le cas précédent, les surcharges imposées aux professeurs par telle ou telle activité qu'on leur confie dans un autre département de l'abbaye. La tentation est grande pour un supérieur de donner à un moine qu'il a sous la main et qui est déjà professeur, une charge pour laquelle il trouve difficilement un autre titulaire. D'ailleurs le professeur en question a toutes --- Page 10 --- les aptitudes qu'il faut. Viennent alors le surmenage, la fatigue et le besoin de repos. Le presseur est forcé de suspendre son enseignement, de faire appel à un intérisaire plus ou moins préparé à ce qu'on lui demande. Ce sont là des faits vécus. Et alors les élèves font les frais de ces changements de professeurs et de méthodes. c) C'est enfin l'instabilité des cadres administratifs du cléricat lui-même. En dix années exactement, le cléricat de Maredsous a vu se succéder à sa tête sent recteurs différents. 5° La formule des cléricats séparés ne crée pas, me semble-til, l'atmosphère idéale, propice à l'étude concentrée et approfondie de la théologie. Les jeunes moines sont trop souvent tentés de s'intéresser à la vie courente de leur abbaye et de prendre une part active au travail qui se fait au jour le jour dans les différents départements du monastère. Et les supérieurs eux-mêmes trouvent parfois l'occasion belle de confier une petite charge à un clerc encore aux études, à la fois pour faire l'expérience de ses aptitudes et boucher un trou, autrement difficile à combler. D'où distraction dans les études et atteinte fâcheuse au recueillement et à la concentration d'esprit qui leur sont indispensables. III. Appréciations de certaines critiques formulées contre le S Studium Generale. 1° La formule du cléricat commun nuit, dit-on, à l'esprit de famille, caractéristique essentielle du monastère bénédictin. De fait le cléricat commun soustrait pendant quelques années les jeunes moines au milieu naturel ou ils sont appelés à passer toute leur vie religieuse. Mais s'ensuit-il pour autant que le cléricat commun devienne un obstacle à la formation monastique des jeunes et diminue la vitalité du mi- --- Page 11 --- lieu auquel on les enlève? Je n'en suis pas sûr, C'est en effet le propre de toute école (primaire, secondaire et universitaire) d'enlever momentanément l'enfant ou le jeune homme à sa famille, pour lui donner un enseignement et une formation sociale, que l'enfant ne pourrait posséder autrement. Cette main-mise par l'école sur l'enfant ou le jeune homme ne détruit pas cependant chez eux l'esprit de famille. Toute proportion gardée, ne peut-on pas parler d'une expérience analogue à faire par le jeune moine dans un milieu scolaire approprié à son état? Le cléricat commun ne peut-il pas être conçu et aménagé comme un milieu à part, un peu artificiel, spécialement adapté et organisé pour les études, ou le jeune moine sera abondamment servi en nourriture théologique, dans les conditions les meilleures d'assimilation et de profit? Ceci me donne l'occasion de parler de l'horaire spécial qu'il faudrait établir dans un cléricat commun, horaire qui respecterait les nécessités de la formation monastique des clercs en même temps que les exigences de leurs études. C'est seulement dans un cléricat commun que pareil horaire est pratiquement réalisable. Dans un studium particulier, c'est beaucoup plus difficile, sinon pas impossible. Maredsous afait l'année dernière, l'expérience d'un horaire adapté à la vie des étudiants en théologie; cette expérience n'a pas dû être concluante, car l'horaire spécial vient d'être supprimé au début de la nouvelle année scolaire. 2° Le cléricat commun, dit-on encore, ne préoccupera les supérieurs que dans la mesure ou il sera pour eux d'un intérêt vital. D'accord. Mais faut-il, pour qu'un supérieur témoigne cet intérêt au cléricat commun, que celui-ci soit nécessairement installé dans son monastère? Je ne le crois pas. Il suffit, me semble-til, que la jeunesse monastique d'une abbaye quelconque soit envoyé au cléricat commun, afin d'y faire ses études théologiques, pour que celui-ci captive toute l'attention du supérieur intéressé. C'est l'avenir de tout son monastère qui dépend de --- Page 12 --- la bonne formation religieuse et intellectuelle de ses jeunes moines. Aussi n'hésitera-teil pas à faire tous les sacrifices nécessaires pour envoyer au cléricat commun, en qualité de professeurs, des moines de haute tenue spirituelle et intellectuelle. Car si le cléricat commun doit ressusciter un jour, il faut admettre dès maintenant qu'il devra être l'occuvre de toute la Congrégation, et non celle d'un seul monastère. Il devra grouper des professeurs fournis par les trois abbayes en proportion à peu près égale. Chacuns de celles-ci aura naturellement à coeur de préparer pour le cléricat commun des théologiens, des exégètes, des moralistes et des canonistes. Ceux-ci, tout en enseignant au Studium Generale, peurront très bien entretenir dans leur propre monastère le feu sacré de la science théologique et travailler ainsi au rayonnement spirituel de leur maison. 3° Le cléricat commun, ajoute-t-on enfin, groupe un trop grand nombre d'étudiants. Il devient alors impossible aux professeurs de prendre avec chacun de leurs élèves le contact immédiat qui s'impose de maître à disciple. Il y a du vrai dans cette objection. Mais il ne semble qu'on peut parer aux inconvénients qu'elle dénonce par une bonne organisation au cléricat commun des contacts entre professeurs et étudiants. Le même professeur doit-il s'occuper en même temps de tous les élèves indistinctement? Ne peut-on pas établir une sorte de roulement entre les dix professeurs, que groupera à tout le moins le cléricat commun? C'est ainsi que tel groupe d'élèves travaillera personnellement durant le premier trimestre sous la direction du professeur de dogne; au second trimestre ils passeront sous l'égide du professeur d'Exerciture Sainte, lequel cédera au professeur de dogne le groupe qui travaillait au premier trimestre d'après ses directives; et ainsi de suite. Ce qui est important en effet, c'est le contact des élèves avec les professeurs pour apprendre auprès de ceux-ci une méthode de travail et faire fructifier, en les appro- --- Page 13 --- fondissant, les notions regues au cours. IV. Grandeur et misère du rectorat général des études. Les Constitutions de la Congrégation sont peu loquaces à propos du rôle que doit jouer le Recteur Général des études. Voici ce qu'elles disent au n° 218: " Si visum fuerit Capitulo Generali, potest institui pro tota Congregatione Rector studiorum generalis, qui cum eiusdem Capituli delegatione et Abbatum moderamine de unitate ac progressu in disciplinis" tradendis sit sollicitus. Ipsius est disciplinarum materiam distribuere et ordinare, methodos consectari meliores, manuales libros, auditis cuiusvis Studii Rectore Lectoribusque deligere." Examinibus, si fieri queat, Rector Generalis intersit, cum Abbate loci" vel ipso Praeside, cumque Abbate et Rectore loci, periculo facto, testimonia de alumnis subscribat." La grandeur du Recteur Général des études réside dans son nom; en fait son rôle est complètement ignoré, tant par les Recteurs des cléricats séparés que par les professeurs. Voilà toute la misère du Recteur Général des études. Je voudrais pour la prouver, apporter le témoignage de quelques faits précis; qu'on n'y voie pas l'expression de rancoeurs personnelles. Je cite ces faits pour mieux étaler les difficultés qu'éprouve le Recteur Général à exercer un contrôle sérieux sur les études dans les Studia particuliers. 1° Peupis quatre ans que je suis en charge, c'est à peine si j'ai requieur une seule fois de St. André les diplômes attestant la réussite des clercs aux examens et le nombre de points qu'ils ont obtenus. Je dois pourtant signer ces diplômes de ma main. 2° Je ne reçois presque jamais, tant de Marcésous que de St. André, communication de la composition du corps professoral, de la répartition et de l'horaire des cours, des manuels suivis, etc. --- Page 14 --- 3° A Maredsous enserre, les examens, de trimestriels qu'ils étaient, sont devenus semestriels, sans que j'aie été consulté au péalable, ou même averti, une fois la décision prise. 4° A Maredsous encore, l'horaire spécial établi en septembre 1949 pour favoriser les études et le travail des clercs, a été rapporté au début de cette année scolaire, sans que j'aie été prévenu de cette suppression. 5° A Maredsous toujours, le poste de Recteur du cléricat vient de changer de titulaire et je n'en ai rion su. 6° Quant aux studia de philosophie, o'est à peine si le Recteur Général soupçonne qu'ils existent. Je pourrais encôre apporter d'autres exemples, noins significatifs sans doute. Mais on accordera qu'il n'est guère possible dans ces conditions de voiller à l'unité et au progrès des études dans les cléricats séparés. O'est un nouvel inconvénient de cette formule. Mon souhait est que le Chapitre Général rappelle aux Recteurs et aux Professeurs des cléricats séparés l'existence du Recteur Général et précise dans le détail les fonctions qui lui sont dévolues. Ainsi le Recteur Général devrait reçevoir 1) au début de l'année: a) communication du corps professoral de chacun des cléricats. b) id. pour la répartition des cours entre les professeurs. c) id. pour l'horaire des cours. d) id. pour les matières à voir pendant l'année et les manuels suivis. e) id. pour les jours de congé prévus dans l'année. 2) au cours de l'année: communication des jours des examens avec les matières vues pendant le trimestre ou le semestre. 3) à la fin de l'année: --- Page 15 --- 3) à la fin de l'année: un rapport de chacun des Recteurs des cléricats séparés sur les évènements scolaires de l'année écoulée, la matière vue, les travaux des élèves, les lacunes de tel cours, les modifications souhaitables, les progrès à réaliser, etc. CONCLUSION. L'auteur de ce rapport n'a pas voulu faire une critique systématique de la formule des cléricats séparés, ni des réalisations concrètes de cette formule, telles qu'elles existent à Maredsous et à St. André. Il s'est cantonné le plus possible sur le terrain des faits et a tenté d'en dégager certaines legens immédiates. Son but est d'informer objectivement le Chapitre Général de l'état actuel des études théologiques dans la Congrégation. Peut-on dire que le niveau atteint par les études dans les cléricats séparés soit satisfaisant? Au Chapitre Général d'en juger. Mais quelle que soit l'appréciation que portera celui-ci sur la valeur des études, il faudra comparer le rendement des Studia particuliers avec celui que pourrait donner un Studium Generale bien organisé. Je sais qu'une remise en marche du cléricat commun n'est guère possible actuellement. Mais si, après étude, on s'accordait un jour à constater que la formule du Studium Generale est encore la meilleure, il ne faudrait pas recommencer simplement ce qui existait il y a dix ans. J'ose affirmer dès maintenant que la formule du cléricat commun futut, si on y vient, se devra d'être originale et hardie. Il faudra notamment que le Studium Generale forme un tout à part. Le mieux serait qu'il soit établi dans une maison indépendante. Si les moyens financiers de la Congrégation ne le permettent pas, il pourrait trouver abri dans un monastère, dont il serait pour le reste totalement séparé. La majorité des critiques qu'on fait au cléricat commun s'adressent, non à la formule comme telle, --- Page 16 --- mais à la façon dont elle a été réalisée au Mont-César, durant les dernières années de l'existence du cléricat. Je n'ai pas à juger ici de la valeur de ces critiques. Beaucoup furent injustes; mais certaines reprochaient précisément au cléricat du Mont-César des défauts réels qui découlaient, non pas de sa structure de cléricat commun, mais du fait que ce cléricat était pratiquement l'œuvre d'un seul monastère. Autrement dit les inconvénients dénoncés étaient beaucoup plus ceux qui caractérisent un Studium particulier que les lacunes inévitables d'un Studium Generale. Quoiqu'il en soit, le futur Studium Generale, s'il existe un jour devra pour réussir: 1) Être l'œuvre de toute la Congrégation, et par conséquent grouper des professeurs des trois abbayes belges, en partie à peu près égales. 2) grouper les clercs des trois abbayes susdites. 3) posséder un régime de vie adapté aux nécessités monastiques et qeolaires des clercs théologiens. 4) avoir à sa tête un moine d'envergure, apte à se concâlier les sympathies des jeunes, à entretenir dans leurs âmes l'idéal monastique, à leur donner le goût de l'étude et à éveiller leur intérêt pour la théologie. A mon humble avis, pareil Studium Generale, dont le maniement resterait toujours délicat, donnerait satisfaction, tant pour la formation des clercs que pour le sérieux de leurs études théologiques. Il posséderait certains des avantages que confère la formule des cléricats séparés; mais il ajouterait ceux qui sont caractéristiques du Studium Generale, c'est à dire --- Page 17 --- un corps professoral d'élite, un milieu riche et vivant, composé de clercs nombreux, entreprenants et originaires de monastères différents, un régime totalement adapté à leurs besoins, une fermentation intellectuelle très grande, un lieu de rencontre et de cohésion pour les membres de la Congrégation, qui autrement ne sera bientôt plus qu'un vain mot. J'espère que ce rapport, malgré la précision de certains faits, ne froissera personne. Ma qualité de Recteur Général n'oblige à les citer pour le plus grand bien des clercs théologiens et celui de la Congrégation. Veuillez agréer, mes Révérendissimes Père, mes hommages de respectueux dévouement en N.S. et S.B. f Ludwic Wenkenne ob Recteur général de l'huds.