--- Page 1 --- Rapport présenté au Chapitre Général de la Congrégation bénédictine belge de Décembre 1950 Sujet : L'ANTIPHONAIRE MONASTIQUE ===== par Dom Joseph Kreps. I. Sicut psallit Romana Ecclesia. Les travaux de restauration grégorienne suscités par Dom Géranger amenaient les moines de Solesmes à publier en 1891 l'Antiphonaire diurnal monastique. L'Eglise universelle se servait jusue là d'éditions grégoriennes variées, jusqu'au moment ou le Saint Siège nommé une Commission internationale vaticane qui controla les travaux grégoriens menés à Solesmes et jugea des résultats acquis qui baseraient l'édition officielle des livres de chant. Dom Pothier fait le président. Sous son contrôle parut l'antiphonaire diurnal Vatican en 1912, la seconde édition en 1919. Contrairement aux ordres des Cisterciens, Dominicains, Prémontrés et Chartreux qui constituèrent un chant spécial correspondant à celui de l'ardroit et de l'époque de leur naissance, l'ordre bénédictin attenda le Graduel vatican de l'Eglise universelle. Ce fut un très heureux événement pour l'apostolat liturgique, les abbayes bénédictines donnant l'exemple de bonnes exécutions grégoriennes qui entrainèrent le clergé séculier et les maîtrises à la pratique de ce chant. Il serait éminemment souhaitable qu'un geste pareil fit de nos offices monastiques les modèles exacts des exécutions des Heures canoniales dans toutes les églises séculières. Il y a simplement à y joindre les quelques chants et fêtes particulières à l'ordre, tels les répons brefs des Vêpres dont la mélodie est parèille à celles des répons brefs romains aux heures du jour (Prime, Tierce - Sexte - None). Il est aidé d'y apporter toutes les autres adaptations nécessaires. Certes l'édition vaticane n'est pas le dernier mot de la science grégorienne. Elle est pourtant une étape excellente pour la pratique et dont la valeur est garantie 1e d'une part par la direction prudente de D. Pothier 2e d'autre part par le contrôle autorisé des membres différents constituant la Commission vaticane. Tous deux évitèrent les extrémismes et les problèmes non clairement résolus. II. L'antiphonaire monastique de Solesmes de 1934. La Commission vaticane ayant cessé de fonctionner, les moines de Solesmes, privés de la sage direction de D. Pothier et laissés à leur propre autorité, établirent le texte d'un nouvel antiphonaire monastique 2023-11-02/915 --- Page 2 --- 2/. assez différent de l'antiphonaire de l'Eglise universelle. Il fut recommandé par le Rme P. Abbé primat von Stotzingen, mais non imposé. La Congrégation bénédictine suisse publia son antiphonaire propre en 1943. Il différait sansiblement de l'antiphonaire monastique français. L'antiphonaire suisse s'appuye sur les manuscrits des anciennes abbayes, notamment l'antiphonaire dit d'Hartker conservé à l'ancienne bibliotèque de S. Gall, le même dont l'édition française veut s'inspirer, tout au moins pour les données rythmiques qu'elle croit y découvrir (Mss. 390-391). Pour la mélodie l'antiphonaire monastique de Solesmes emprunte les versions aquitaine et antiphonaire monastique de Solesmes bénéventaine, jugées par lui "plus authentiques et plus religieuses". Ce n'est guère dans ce rapport que nous pourrions exposer tous les aspects de ce vaste problème. Qu'il nous suffise de signaler ici la suppression assez systématique faite par l'antiphonaire solesmiens de le grosse majorité des Si b dans des antiennes des I, II et III vers modes. Nous pouvons prouver que cette modification est une restauration archéologique vraiment arbitraire. Elle fait songer à des ramaniements archéologiques opérés parfois sur les monuments de l'art plastique, plus par spéculations que par réelle fidélité aux monuments. Elle rappelles des excès commis par des restaurations outrées, comme en fit jadis un Violet-Leduc. Dans le cas notamment des antiennes du Deuterus (II et IV modes) les restaurations perdent de vue que l'ancienne lecture de ces modes se faisait sur la finale si dont la finale mi est une transposition. Il s'ensuit que ces antiennes avaient primitivement comme tythétracorde de base si - do - ré - mi, suivi du fa naturel. Ce qui donne en transposition : mi - fa - sol - la, suivi du si b En supprimant ce bémol et le remplaçant par Si + -bécart on introduit en fait un fa # absolument étranger. III. La question rythmique. L'axantage d'une Commission internationale comme la commission vaticane est bien de contrôler le travail d'un gruppe homogène et d'éviter l'imposition de théories non admises par la généralité des spécialistes. Ce fut le cas pour les théories rythmiques dues à Dom Moquereau, fondateur d'une nouvelle école à Solesmes. Je suis personnellement persuadé que ces théories rythmiques nous on conduit à l'aventure scientifique. Je regrette profondément de voir poindre le moment ou elle croulera dans le ridicule. La commission vaticane ne voulut pas accepter ses théories. L'Eglise laissa la librté aux amateurs de les admettre, mais porta le décret défendant aux théories d'en imposer l'application et l'usage dans leurs territoires. Elle déclara en outre que l'édition vaticane, sans les signes rythmiques, "satis superque continet ea quae ad rectam interpretationem pertinet". Dans ces conditions, il nous paraît de première importance opportunité d'admettre dans notre congrégation, à l'instar de ce que vient de décider le chapitre général de la Congrégation de Beuron : 1e) l'usage de l'antiphonaire vaticane, adapté aux usages bénédictins. --- Page 3 --- 3/. 2°) l'usage de l'antiphonaire sans signes rythmiques. POST SCRIPTUM 1- Mes travaux personnels menés depuis plus de 25 ans m'ont convaincus de l'erreur totale sur l'equelle repose le système de D. Motquereau, toujours rejeté avec prudence par D. Pothier et l'édition vaticane. Grâce à deux voyages subsidiés par le Fonds National de la Recherche scientifique j'ai pu constituer une filmothèque qui complète bie à plus d'un point de vue la documentation photogr. du Scriptorium solesmien. 2- P. ex. la lettre T des manuscripts suisses et sangalliens base le système. Il y voit un ralentissement. Tout le système repose sur des ralentissements et des prologations de notes. Or, cette lettre peu usuelle ainsi que son antonyme la lettre C très fréquente, correspond à l'emploi fait dans nos missels de ces mêmes lettres au chant de la Passion. La première (cahngée maintenant en croix +, pareillement au T du Te Igitur du Canon ayant donné lieu à l'iange de la crucifixion) indique le chant au grave. Le C, le chant à l'aigu. Ces deux diapasons d'ailleurs n'affectent manuscripts qu'une même mélodie transposée à diverses hauteurs. T (arditas) indique la lettre des sons bas. C (eleritas) la rapidité des sons aigus dans un temps donné, ce que nous appelons la fréquence. La terminologie fait partie du vocabulaire musicale au moins depuis le IIIe siècle avant J. C. jusqu'à nos jours. 3- Le récénét Congrès international de musique religieuse temue & Rome en mai 1950 m'a permis d'avoir d'excellents contacts avec les moines spécialistes de la paléographie musicale de Solesmes. Ils me donnent l'espoir de contacts ultérieurs aussi objectifs et utiles que fraternellements affectueux. Il y a tant à espérer d'une collaboration entre spécialistes bénédictins et d'un contrôle mutuel qui donnera seul la garantie de ne pas imposer aveuglement à l'église universelle les interprétations non éprouvées des vieux manuscrits de notre cher plain chant. Ce plain-chant, je l'aime et le cultive autant que quiconque. Je ne voudrais pas prétendre en avoir assurée tous les escrits ! et en imposer une interprétation pourtant assurée tandt eu point de vue paléographique et historique qu'artistique. Expression de notre culte divin, je voudrais en faire un lien de fraternité. Seules les conversations scientifiques entre frères amèneront et apaisement des esprits; gage de l'union des coeurs à laquelle j'aspire de tout mon être. D. Joseph Kreps.